‹ Théâtre Complet IIChapitre 18 sur 203 · SCENE PREMIERE TIBURCE, puis AMANDINE, puis LANOIX · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE TIBURCE, puis AMANDINE, puis LANOIX

TIBURCE, assis qu petit guéridon, fait de la tapisserie dans un canevas qui représente un zouave. — Oh! que c’est béte la vie... On admet qu’un amant aime sa maitresse, et on n’admet pas qu’un domestique aime sa maitresse... pourtant le mot est le méme!... Ot est la nuance?... Ah!... Amandine... tu ne m’as pas compris... (Se devant.) Ce que j’aime en toi... c’est ta surface.. on doit aimer. pour deux avec toi... tu fais du profit... Mais un jour j’ai eu l’audace de t’avouer mon amour... Tu m’as appelé Ruy-Blas!... Et tu m’as envoyé promener! Alors pour me consoler... il ne me reste plus de temps en temps, quand tu n’es pas la, qu’a faire quelques points dans ta tapisserie, dans ton zouave... (Se zasseyant.) Je sais bien que tu défais chaque fois mes points... mais ga m’est égal, je recommence et ¢a me fait du bien.

28 CHEATS EN POCHE

AMANDINE, du fond. — Eh bien! Tiburce, qu’est-ce que vous faites laden ; TIBURCE, se levant. —— Rien, je... Madame voit, je tapisse... AMANDINE, — Ma tapisserie... Eh bien! vous avez de |’aplomb|... Et moi qui me demandais toujours qui me faisait des points a ]’envers...

TIBURCE. — C’était moi, Madame... J’étais si heureux de collaborer avec Madame...

AMANDINE, — Hein! il ose... Allez! et que cela ne vous arrive plus! Elle s’assied sur le canapé.

TIBURCE. — Oui, Madame... (A part.) Cette femme ne m’aimera

jamais! Une femme si forte en chair! Oh! ma livrée, que tu me péses! Il sort au fond a droite.

AMANDINE. — Non,- mais a-t-on idée de cela!... Rangeons cet ouvrage. (Elle ouvre le panier a ouvrage.) Ciel!... encore un billet de Dufausset!... L’imprudent!.., I] met cela dans mon panier, On n’aurait qu’a le trouver... voyons!...

LANOIX, entrant du fond, un bouquet a la main. — I n’y a donc personne dans cette maison... (A percevant Amandine.) Ah’! Bibiche!

AMANDINE, lisant sans le voir. — « Il faut absolument que je vous parle. »

LANOIX, saluant. — Madame...

AMANDINE, Jzsant. — « Vous avez bien voulu m’encourager, eh bien! je me risque... »

LANOIX. — Elle n’a pas l’air de m’entendre... Madame}...

AMANDINE. — II se risque!... Je ne comprends pas ce garcon’l... Il est si éloquent dans ses écrits et laconique dans ses discours.

LANOIX. — Elle est donc sourde comme une pioche... (C7zant.) Madame...

AMANDINE, Zvessautant. — Hein!... Quoi!... Qu’est-ce que vous avez a criér comme ¢a?

LANOIX. — Je vous demande pardon, mais voila deux fois que je susurre... alors j’ai un peu élevé le susurrement... Et vous allez bien, Madame?

AMANDINE. — Oui, c’est bon, tout a Vheure... (Lzsant.) « Je-me risque... »

LANOIX. — Et moi, j’a1 été trés souffrant toute la nuit.

AMANDINE, passant au premier plan. — Allons! tant mieux! tant mieux ! :

LANOIX. -— Je vous remercie... (A fart.) Elle n’a pas plus l’air de s’occuper de moi...

AMANDINE, /isant. — « Le jour on n’est pas tranquille... accordezmoi cette nuit une entrevue dans la serre. » (Pavlé.) Hein!

LANOIX, — Vous ne pourriez pas me dire, au moins, ot je pourrai trouver ma fiancée?

AMANDINE, ¢out a@ son idée. — « Dans la serre... »

LANOIX. — Dans la serre!... merci!... (Remontant en courant.) Je

vais la rejoindre.

. Il sort au fond, a droite.

AMANDINE, allant vers la gauche. — Dans la serre!.., Il ne doute de rien. (Lisant.) « Je vous jure que ce sera en tout bien tout honneur.., » Ca c’est des bétises... (Lesant.) « Réfléchissez... je suis un galant homme... » Oui, trés galant, trés galant... (Zzsant.) « Si vous consentez, dites a votre mari d’agiter son mouchoir quand il me verra, en chantant a votre choix « Colimagon borgne » ou « Coucou, ah! le voila! » et vous

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