‹ Théâtre Complet IIChapitre 35 sur 203 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

PACAREL, LANDERNAU, puis DUFAUSSET

Moment de silence. Ils se regardent, étonnés de se voir l'un et l'autre un mouchoir a la main.

PACAREL. — Eh! bien! Qu’est-ce ae tu fais avec ton mouchoir 4 la main?

LANDERNAU. — Eh bien!... et toi? -

PACAREL. — Moi?... rien... j’attends que j’éternue...

LANDERNAU. — Ah! bien moi... tu n’as pas idée comme c’est béte!... Cest Dufausset que j’attends avec...

PACAREL, — Vrai?... Eh bien!... veux-tu que je te dise... moi aussi...

LANDERNAU. — I] parait qu’en agitant le mouchoir, ga rend la voix.

PACAREL. — Oui... précisément.

LANDERNAU, @ fart. — Comment... ¢a serait vrai?...

PACAREL. — Lui... un homme de science... ¢a me rassure...

LANDERNAU. — Alors... il suffit d’agiter...

PACAREL. — Oui... en disant trois fois : « Coucou... Ah! le voila! »

LANDERNAU. — Ah! non!

PACAREL. — Si!

LANDERNAU. — Non... Bibiche ne m’a pas parlé de ga...

PACAREL, — C’est qu ’elle a oublié...

LANDERNAU. — Pas du tout, elle m’a dit qu’il fallait chanter : « Colimagon borgne, montre-moi tes cornes. »

PACAREL, @ part. — Ah!...1il y a peut-étre des variantes... il y a tant

e branches dans la médecine.

LANDERNAU, @ part; il remonte légerement. — Ah! bien... elle est bien bonnel...

PACAREL, @ fart. — Je ne l’aurais jamais cru...

LANDERNAU. — Attention!... le voila!...

DUFAUSSET, — La... Etes-vous content?... je les ai tués, vos hannetons...

Pacarel et Landernau agitent leurs mouchoitrs.

DuFAUSSET. — Eh bien!... qu’est-ce qui vous prend?

Ensemble.

PACAREL : LANDERNAU :

Coucou! Ah! le voila! Colimacgon borgne Coucou! Ah! le voila! Montre-moi tes cornes !

Coucou! Ah! le voila!

DUFAUSSET. — Ah! le signal!... c’est le signal !... Ah! bonheur! Elle

accepte...

PACAREL. — Vous voyez comme il s’agite!...

LANDERNAU, —- C’est le commencement de la crise!...

DUFAUSSET. — Pauvre femme... elle craint que son mari ne suffise pas... elle a pris du renfort...

PACAREL, — Eh bien!... ca va-t-il? Eprouvez-vous quelque chose?

DurausstT. — Ah! je crois bien... il me semble que tout se dilate en mol.

PACAREL. — C’est bien cela...

LANDERNAU. — C’est incroyable!...

PACAREL, — Blaguez donc les empiriques...

LANDERNAU, — II] faudra que j’essaye cela avec mes malades.

PACAREL ET LANDERNAU, reprenant ensemble, en agitant leurs mouchoirs. — Coucou! Ah! le voila! — Colimacon borgne, montre-moi tes cornes !

DUFAUSSET, les voyant qui agitent leurs mouchoirs en reprenant son refrain. — Ah! mais, ne vous fatiguez pas... ¢a suffit!...

PASCAREL. — Laissez donc... plus il y en aura, mieux ¢a vaudra

Il donne d’un air malicieux une bourrade dans lestomac de Dufausset, tout en pivotant sur lutméme, puis remonte au fond en .passant entre la table de gauche et le mur, de fagon & ce que Dufausset puisse voir les raies tracées dans son dos, au moment opportun,

LANDERNAU. — Mais oui... c’est pour votre bien...

Méme jeu que Pacarel, il remonte en passant a droite, entre le canapé et le mur.

DurausseT. — Ah! c’est pour... il est étonnant ce mari... (Voyant les deux raies dans le dos de Pacarel.) Une... deux... le rendez-vous est a deux heures,

PACAREL, redescend et le cinglant de son mouchoir, — Coucou... Ah! le voila!

DUFAUSSET, apercevant le dos de Landernaz, — Une,... deux... trois..; Allons, bon... il y en a trois la... Ah! ¢a!... Est-ce deux.,. est-ce trois?

LANDERNAU, vedescend en agitant son mouchoir — Colimacon borene...

DUFAUSSET. — Eh! non, elle a partagé entre les deux hommes... Ii faut additionner... C’est deux et trois... deux et trois...

PACAREL, — Cinq... Deux et trois... cinq!...

DUFAUSSET. — C’est bien ca... cing... c’est 4 cing heures... Ah! je suis bien heureux!... (1 chante a gorge déployée.) « A moi les plaisirs, les jeunes maitresses. »

PACAREL, avec admiration. — I\ chante!

DUFAUSSET. — « A moi letrs caresses, 4 moi leurs désirs. »

LANDERNAU, méme jeu que Pacarel, — Ila retrouvé sa voix.

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