‹ Théâtre Complet IIChapitre 48 sur 203 · ACTE TROISIEME - SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME - SCENE VIII

DUFAUSSET. — Ah! ce n’est que parce que Pacarel me voit que..

LANDERNAU, @ , Pacarel. — Ne crois pas ce que tu as vu, tu sais.. Ca a Dair'!.. (A part.) Oh! imprudent.

PACAREL, éclatant de rire. — Ah! laisse donc! elle est bien bonne... Péchappé de la Chapelle. ( Passant au deuxiéme plan et allant a Dufaussel.) Hé! petit poseur, va!

Il lui tape sur la joue en riant et remonte. Marthe remonte également.

LANDERNAU, — Ah! bien, il est de bonne composition.

MARTHE, @ Pacarel. — Ah! mon ami, ne va pas supposer...

PACAREL. — Mais puisque j’en ris...

DUFAUSSET @ Landernau. — Au moins ne croyez pas tout ¢a... Je n’aime pas votre femme, vous savez.

LANDERNAU. — Tiens, parbleu!...

DUFAUSSET. — J’avoue que les apparences sont contre moi!... mais c’est pour sauver une situation... C’est sa femme que j’aime.

LANDERNAU. — Ah! mais vous savez, vous n’avez pas besoin de me le dire, ¢a se voit...

DUFAUSSET. — Et si vous m’avez vu aux genoux de madame, c'est

pour détourner les soupcons de Pacarel.

LANDERNAU. — Drdle de facon, par exemple.

MARTHE @ Pacarel, — Eh bien, voulez-vous que je vous dise, votre calme me blesse plus que votre colére.

PACAREL. — Je te dis que je suis calme parce que je sais oe "il n’est pas dangereux.

AMANDINE, a7rivant du fond et allant a son mari. — Ah! homie non!... le café, je ne l’avalerai pas.

DUFAUSSET. — Elle!... cest le ciel qui l’envoie. (Revenant a Pacavel.) Vous savez, je vous le dis d’avance, votre femme, je m’en moque comme d’une guigne.

PACAREL, — Hein?

DUFAUSSET. — Seulement, je vous demande pardon de ce que je vais faire!... C’est pour sauver la situation... aux yeux du mari. (2 saute au cou da’ Amandine.) Ah! Marthe, Marthe, je t’aime.

AMANDINE. — Ah! mon Dieu!

LANDERNAU. — Hein! ma femme! ©

AMANDINE. — Vous étes fou, mon mari...

DUFAUSSET. — Ne craignez rien, je l’ai prévenu.

LANDERNAU. — Monsieur, mais vous perdez la téte.

DUFAUSSET. — Puisque je vous dis que je l’ai prévenu. (A Amandine.) Ah! Marthe, tu es belle.

AMANDINE. — Marthe!... i] m’appellé Marthe!... je m’appelle Amandine, monsieur.

Elle remonte avec dépit jusqu’a la porte de gauche deuxieme plan.

DUFAUSSET. — Hein! comment Amandine? Amandine, c’est madame? MARTHE, avec dédain jusgu’a la porte de droite deuxiime plan. — Je m’appelle Marthe, monsieur... Marthe Pacarel. DUFAUSSET. — Hein! Marthe... Paca... Marthe Pacarel, c’est vous?.. et Amandine c’est... pendant que... Ah! quel pétrin. MARTHE ET AMANDINE, avec mépris. — Pffu!

Elles sortent, la premiére par la droite, la deuxiime par la gauche.

ened ET PACAREL, éclatant de rire devant la mine dépitte de Dufausset. — Ah! ah! ah! ah!

DuFAUSSET. — Ah! messieurs... je vous assure... croyez que...

PACAREL, viant toujours et tout en remontant vers la porte de gauche.) — Ah! mais continuez donc, mon cher ami, de vous ¢a m’est bien - égal.

LANDERNAU, riant également en suivant Pacarel, — Allez! allez! nous ne sommes pas jaloux.

Ils sortent tous les deux a gauche en se moquant de Dufausset.

’ SCENE IX DUFAUSSET, puis LANOIX

DUFAUSSET, —Iln’ya pas a dire... ils se moquent de moi... (S’asseyant a droite.) Ah! ca! je n’y comprends plus rien... il s’est donc fait des changements depuis deux jours... Comment, on me présente une grosse Marthe et une exquise Amandine et voilA que la grosse Marthe se trouve étre la grosse Amandine et l’exquise Amandine devient l’exquise Marthe... La femme de Pacarel est la femme de |’autre pendant que la femme de |’autre devient... c’est 4 n’y rien comprendre... (Se devant.) Ce duit étre eux qui se trompent... pas possible!... ou bien, c’est un tour de passe-passe comme aux cartes... Mais alors je ne sais plus... a qui ai-je fait la cour? quel mari ai-je été sur le point de tromper? Quel est le serin qu'il faut soigner... Enfin, comment sont-ils mariés tous ces gens-la?... Ah! peut-étre bien sous le régime de la communauté de femmes... le libre échange dans le mariage! Ah! dame, avec le progres.

LANOIX, du fond. — Bonjour, monsieur Dufausset.

DUFAUSSET. — Tiens, bonjour... c’est vous... je vous remercie... ¢a ne va pas mal.

LANOIx. — Ah! tant mieux... et vous vous portez bien?

DUFAUSSET. — Mais comme je viens de vous le dire.

LANOIX. — Ah! c’est vrai, vous venez de me le dire... mais je ne vous l’avais pas demandé.

DUFAUSSET. — Vous avez raison... C’est étonnant comme on a l’air béte quand on ne vous demande pas comment vous allez... et que vous répondez : je vous remercie, pas mal et vous..

LANOIX. — Heureusement que ¢a arrive tous les jours. Vous n’avez pas vue monsieur: Pacarel?

DUFAUSSET.. — I] me quitte 4 l’instant. (Chantant.) Ah! ah! ah! ah! ah! ah!

LANOIX, — Vous étes souffrant, voulez-vous de la gomme?

DUFAUSSET. — Merci, je me fais la voix.

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