‹ Théâtre Complet IIChapitre 77 sur 203 · ACTE DEUXIEME - SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME - SCENE II

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ANGELE, — Oh! Oh! mon pauvre Ribadier!

THOMMEREUX, la prenant par la taille, — La! Vous voyez, vous étes émue! Mais est-ce que je n’ai pas raison, voyons! Est-ce que cela ne sera pas bien plus charmant ainsi... Nous nous arrangerons une bonne petite existence 4 nous trois... la vie calme... de ménage... tout ca bien a sa commodité.,. naturellement... Parce qu’il ne faudrait pas qu’il en souffrit, le pauvre garcon... et nous le dorloterons... nous le cajolerons! Ce sera le plus heureux des hommes! Nous le tromperons tous les deux et nous nous aimerons tous les trois. Ne sera-ce pas le Paradis?

ANGELE, le guittant. — Vous étes fou, mon ami?

THOMMEREUX. — Ah! que vous étes drdle... mais je ne comprends pas vos scrupules... Mais les femmes les plus honnétes ont fait ¢a!

ANGELE. — Oh!

THOMMEREUX. — Parfaitement! Seulement, on ne 1’a pas su, voila tout... Mais Vhistoire fourmille de ces héroines qui avaient su concilier leurs devoirs avec leurs. penchants! mais méme... dans |’histoire sainte... vous avez des principes religieux, vous?... Eh! bien, l’histoire sainte est pleine de ces exemples.»

ANGELE. — L’histoire sainte! Oh! non. Un exemple! Dites m’en un! ;

THOMMEREUX. — Mais... Mars et Vénus, tenez, sous le nez de Vulcain!

ANGELE, — I] appelle ca l’histoire sainte!

THOMMEREUX, s’échauffant. — Et puis... Et puis nous perdons un temps précieux, vous m’entretenez de paroles pour gagner du temps... Je vous dis que je vous aime... que je vous aime... (La saisissant.) Ma passion s’exaspére...

ANGELE, se débattant. — Taisez-vous! Thommereux! Laissez-moi!

THOMMEREUX. — Non, je ne te laisse pas... Arrive ce que voudra!

ANGELE. — Ah! Finissez ou j’appelle! (Elle se précipite sur la porte du fond.) Fermée... (Se précipitant sur la porte de droite.) Fermée aussi! et pas de clef...

THOMMEREUX. — Non!

ANGELE, — Qu’est-ce que ¢a signifie! C’est une infamie! Thommereux, je vous ordonne d’ouvrir! ’

THOMMEREUX. —- Non!

ANGELE. — Non! C’est trop fort! Ouvrez, je vous dis!

THOMMEREUX. — J’ai pas la clef! ;

ANGELE. — Hein!

THOMMEREUX. — C’est votre mari! Votre mari qui vous a enfermée!

ANGELE, descendant. — Mon mari! Pourquoi?

THOMMEREUX. — Ah! ¢a, c’est les secrets d’en haut!

ANGELE. — Eh! bien, il me reste la fenétre...

THOMMEREUX, se mettant entre la fenétre et elle. — Angéle! Vous ne ferez pas ga!

ANGELE. — Si!

THOMMEREUX. — Non!

ANGELE, dans les bras de Thommereux. — Oh! Dieu! Mais qu’estce qu’il fait donc, mon mari, chez le marchand de tabac!

THOMMEREUX. — Angéle! Mon Angéle!... (Ox entend un coup de timbre au dehors.) Qu’est-ce que c’est que ¢a? ANGELE, — C’est le timbre de la porte cochére! (Ox entend un

second coup.) Deux coups! C’est mon mari!...

90 LE SYSTEME RIBADIER

APU en), fenétre. Thommereux descend en scene et gagne la gauche.

THOMMEREUX. — C’est son mari! Deux coups! C’est son mari qu! revient! Comme il a été vite! Nous sommes perdus!

ANGELE, @ la fenétre. — Eh bien! Qu’est-cé qui vous prend?

THOMMEREUX, fombant sur le fauteuil, — Rien! Rien! Ah mon Dieu! Mon Dieu!

ANGELE, vegardant par la fenétre. — Mais qu’est-ce qu’il fait donc! Il lutte contre la porte comme pour empécher quelqu’un d’entrer.

THOMMEREUX, se levant et en marchant tres agité. — Ah bien! Nous sommes bien! Ah bien! Nous sommes bien!

ANGELE. — Mais enfin, qu’est-ce que vous avez 4 courir comme cela ? THOMMEREUX. — Je ne cours pas, j’envisage une situation... ANGELE. — Vous avez une dréle de facon d’envisager...

THOMMEREUX, — Qu’est-ce qu’il va dire quand il la trouvera réveillée! Lui qui l’avait si bien endormie.., Il comprendra tout... Oh! quelle idée!... Je vais l’endormir... (Subitement.) Angéle, Angéle, venez ici!

ANGELE, venant a lui, — Quoi? Qu’est-ce qu’il y a?

THOMMEREUX, luz prenant les mains. — Regardez-moi bien dans les yeux!

ANGELE, — Ah! Que vous étes dréle comme ¢a!

THOMMEREUX. — Non! Je ne suis pas dréle! Ne riez pas et regardez-moi bien!

ANGELE. — Eh bien! Apres!

THOMMEREUX. — Vous!... Vous ne sentez rien?...

ANGELE. — Si... Si... Je sens.

THOMMEREUX. — Elle sent... Elle sent... ,

ANGELE. — Oui, comme une odeur de cosmétique...

THOMMEREUX. — Hein! Mais non, ¢a, c’est mes cheveux. Oh 1a la! Je vous parle, intérieurement! Vous ne sentez rien?

ANGELE, vzant. — Qu’est-ce que vous voulez que je sente?

THOMMEREUX. — Elle ne sent rien! Mais essayez! Voyons, essayez!

ANGELE, — Essayer quoi?

THOMMEREUX. — Eh! de sentir! Allez donc, allez donc! (Avec désespow, en gagnant la gauche.) Oh! mais je ne peux pas, je n’ai pas de fluide!

ANGELE. — Mais enfin ot voulez-vous en venir?

THOMMEREUX. — Au nom du ciel, Angele, faites ce que je vous dis! Asseyez-vous 1a dans le fauteuil... Quand votre mari entrera, faites

semblant de dormir et ne bougez pas qu’il ne vienne lui-méme vous eg réveiller !

ANGELE, s’asseyant sur le fauteuil. — Hein! Que signifie?

THOMMEREUX, grenant la lampe et la plagant sur la cheminée. — Je vous le dirai plus tard! mais quoi que vous entendiez, pas un geste, pas un cri, rien! Je vous en supplie! Il y va des conséquences les plus graves !

Il baisse la lampe.

ANGELE, — Qu’est-ce que vous faites?

THOMMEREUX. — Je rétablis la mise en scéne, et maintenant, je me sauve! Pas un mot, vous entendez, pas un mot, dormez! Je le veux!

Il enjambe la fenétre et disparait.

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