‹ Théâtre complet illustréChapitre 144 sur 198 · II. était dangereux pour vous de reculer · texte numérisé non relu

II. était dangereux pour vous de reculer

Cependant, je n'en veux pour témoins que vos plaintes,

Ai- je pu vous tromper par des promesses feintes ?

Songez combien de fois vous m'avez reproché

Un silence témoin de mon trouble caché :

Plus l'effet de vos soins et ma gloire étaient proches,

Plus mon cœur interdit se faisait de reproches.

Le ciel, qui m'entendait, sait bien qu'en même temps

Je ne m'arrêtais pas à des vœux impuissants :

Et si l'effet enfin, suivant mon espérance,

Eût ouvert un champ libre à ma reconnaissance,

J'aurais, par tant d'honneurs, par tant de dignités,

Contenté votre orgueil et payé vos bontés,

Que vous-même peut-être...

ROXANE

Et que pourrais- tu faire ?

Sans l'offre de ton cœur, par où peux-tu me plaire ? Quels seraient de tes vœux les inutiles fruits ? Ne te souvient-il plus de tout ce que je suis ? Maîtresse du sérail, arbitre de ta vie Et même de l'État, qu'Amurat me confie, Sultane, et, ce qu'en vain j'ai cru trouver en toi, Souveraine d'un cœur qui n'eût aimé que moi, Dans ce comble de gloire où je suis arrivée, A quel indigne honneur m'avais-tu réservée ?

BAJAZET

Traînerais-je en ces lieux un sort infortuné, Vil rebut d'un ingrat que j'aurais couronné, De mon sang descendue, à mille autres égale, Ou la première esclave enfin de ma rivale ?

Laissons ces vains discours ; et, sans m'importuner, Pour la dernière fois, veux-tu vivre et régner ? J'ai l'ordre d Amurat, et je puis t'y soustraire. Mais tu n'as qu'un moment : parle.

BAJAZET

Que laut-il faire ?

ROXANE

Ma rivale est ici : suis-moi sans différer ; Dans les mains des muets viens la voir expirer : Et, libre d'un amour à ta gloire funeste, Viens m'engager ta foi : le temps fera le reste. Ta grâce est à ce prix, si tu veux l'obtenir.

BAJAZET

Je ne l'accepterais que pour vous en punir ; Que pour faire éclater aux yeux de tout l'empire L'horreur et le mépris que cette offre m'inspire.

Mais à 'quelle fureur me laissant emporter, Contre ses tristes jours vais-je vous irriter ! Dermes emportements elle n'est point complice Ni de mon amour même et de mon injustice : Loin de me retenir par des conseils jaloux, Elle me conjurait de me donner à vous 1. En un mot, séparez ses vertus de mon crime. Poursuivez, s'il le faut, un courroux légitime ; Aux ordres d' Amurat hâtez- vous d'obéir ; Mais laissez-moi du moins mourir sans vous haïr. Amurat avec moi ne l'a point condamnée : Épargnez une vie assez infortunée.

Ajoutez cette grâce à tant d'autres bontés, Madame ; et si jamais je vous fus cher...

ROXANE

Sortez.

i, Var. Si mon cœur l'avait crue, il ne serait qu'à vous.

Confessant vos bienfaits, reconnaissant vos charmes,

Elle a pour me fléchir employé jusqu'aux larmes,

Toute prête vingt fois à se sacrifier,

Par sa mort elle-même a voulu nous lier,

[En un mot...] (1672).

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