‹ Théâtre complet illustréChapitre 146 sur 198 · SCÈNE VI : ROXANE. ATALIDE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI : ROXANE. ATALIDE

ATALIDE

Je ne viens plus, madame, à feindre disposée,

Tromper votre bonté si longtemps abusée ;

Confuse et digne objet de vos inimitiés,

Je viens mettre mon cœur et mon crime à vos pieds.

Oui, madame, il est vrai que je vous ai trompée ;

Du soin de mon amour seulement occupée,

Quand j'ai vu Bajazet, loin de vous obéir,

Je n'ai dans mes discours songé qu'à vous trahir.

Je l'aimai dès l'enfance ; et dès ce temps, madame,

J'avais par mille soins su prévenir son âme.

La sultane sa mère, ignorant l'avenir,

Hélas ! pour son malheur se plut à nous unir.

Vous l'aimâtes depuis : plus heureux l'un et l'autre,

Si, connaissant mon cœur, ou me cachant le vôtre,

Votre amour de la mienne eût su se défier !

Je ne me noircis point pour le justifier.

Je jure par le ciel qui me voit confondue,

Par ces grands Ottomans dont je suis descendue,

Et qui tous avec moi vous parlent à genoux

Pour le plus pur du sang qu'ils ont transmis en nous,

Bajazet à vos soins tôt ou tard plus sensible,

Madame, à tant d'attraits n'était pas invincible.

Jalouse, et toujours prête à lui représenter

Tout ce que je croyais digne de l'arrêter,

Je n'ai rien négligé, plaintes, larmes, colère,

Quelquefois attestant les mânes de sa mère ;

BAJAZET

Ce jour même, des jours le plus infortuné, Lui reprochant l'espoir qu'il vous avait donné, Et de ma mort enfin le prenant à partie, Mon importune ardeur ne s'est point ralentie, Qu'arrachant malgré lui des gages de sa foi, Je ne sois parvenue à le perdre avec moi.

Mais pourquoi vos bontés seraient-elles lassées ? Ne vous arrêtez point à ses froideurs passées : C'est moi qui l'y forçai. Les nœuds que j'ai rompus Se rejoindront bientôt quand je ne serai plus. Quelque peine pourtant qui soit due à mon crime, N'ordonnez pas vous-même une mort légitime, Et ne vous montrez point a son cœur éperdu Couverte de mon sang par vos mains répandu : D'un cœur trop tendre encore épargnez la faiblesse. Vous pouvez de mon sort me laisser la maîtresse, Madame ; mon trépas n'en sera pas moins prompt. Jouissez d'un bonheur dont ma mort vous répond ; Couronnez un héros dont vous serez chérie : J'aurai soin de ma mort ; prenez soin de sa vie. Allez, madame, allez : avant votre retour, J'aurai d'une rivale affranchi votre amour.

ROXANE

Je ne mérite pas un si grand sacrifice : Je me connais, madame, et je me fais justice. Loin de vous séparer, je prétends aujourd'hui Par des nœuds éternels vous unir avec lui : Vous jouirez bientôt de son aimable vue. Levez- vous. Mais que veut Zatime toute émue ?

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