‹ Théâtre complet illustréChapitre 46 sur 198 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Il éteint cet amour, source de tant de haine ;

Il vous fait de mon sort arbitre souveraine.

Pour moi, quoique banni du rang de mes aïeux,

Quoique de leur dépouille il se pare à mes yeux ;

Depuis qu'à mon amour cessant d'être contraire

Il semble me céder la gloire de vous plaire,

Mon cœur, je l'avoûrai, lui pardonne en secret,

Et lui laisse le reste avec moins de regret.

Quoi ! je ne serai plus séparé de vos charmes ?

Quoi ! même en ce moment, je puis voir sans alarmes

Ces yeux que n'ont émus ni soupirs ni terreurs,

Qui m'ont sacrifié l'empire et l'empereur ?

Ah ! madame !... Mais quoi ! Quelle nouvelle crainte

Tient parmi mes transports votre joie en contrainte ?

D'où vient qu'en m'écoutant, vos yeux, vos tristes yeux

Avec de longs regards se tournent vers les cieux ?

Qu'est-ce que vous craignez ?

JUNIE

Je l'ignore moi-même ;

Mais je crains.

BRITANNICUS

Vous m'aimez ?

JUNIE

Hélas î si je vous aime ?

Néron ne trouble plus notre félicité.

JUNIE

Mais me répondez-vous de sa sincérité ?

BRITANNICUS

Quoi? vous le soupçonnez d'une haine couverte ?

JUNIE

Néron m'aimait tantôt, il jurait votre perte ;

Il me fuit, il vous cherche : un si grand changement

Peut-il être, seigneur, l'ouvrage d'un moment ?

BRITANNICUS

Cet ouvrage, madame, est un coup d'Agrippine : Elle a cru que ma perte entraînait sa ruine. Grâce aux préventions de son esprit jaloux, Nos plus grands ennemis ont combattu pour nous.

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