‹ Théâtre complet illustréChapitre 48 sur 198 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Si Néron, irrité de notre intelligence,

Avait choisi la nuit pour cacher sa vengeance !

S'il préparait ses coups tandis que je vous vois !

Et si je vous parlais pour la dernière fois !

Ah ! prince !

BRITANNICUS

Vous pleurez ! Ah ! ma chère princesse î Et pour moi jusque-là votre cœur s'intéresse ? Quoi ! madame, en un jour où plein de sa grandeur Néron croit éblouir vos yeux de sa splendeur, Dans les lieux où chacun me fuit et le révère, Aux pompes de sa cour préférer ma misère ! Quoi ! dans ce même jour et dans ces mêmes lieux Refuser un empire, et pleurer à mes yeux ! Mais, madame, arrêtez ces précieuses larmes : Mon retour va bientôt dissiper vos alarmes Je me rendrais suspect par un plus long séjour : Adieu. Je vais, le cœur tout plein de mon amour, Au milieu des transports d'une aveugle jeunesse, Ne voir, n'entretenir que ma belle princesse. Adieu.

JUNIE

Prince...

BRITANNICUS

On m'attend, madame, il faut partir.

Mais du moins attendez qu'on vous vienne avertir. SCÈNE II : AGRIPPINE, BRITANNICUS, JUNIE.

AGRIPPINE

Prince, que tardez-vous ? Partez en diligence. Néron, impatient, se plaint de votre absence. La joie et le plaisir de tous les conviés Attend, pour éclater, que vous vous embrassiez. Ne faites point languir une si juste envie ; Allez. Et nous, madame, allons chez Octavie.

BRITANNICUS

Allez, belle Junie ; et d'un esprit content Hâtez-vous d'embrasser ma sœur qui vous attend. Dès que je le pourrai, je reviens sur vos traces, Madame ; et de vos soins j'irai vous rendre grâces.

RÀCIiNE. — THÉÂTRE COMPLET — II.

BiUTANNICUS

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