ACTE II, SCÈNE III
rieux qui leur échappent à elles-mêmes, mais qui n'échappent pas à des hommes attentifs.
MARIANNE
Mais alors, voilà des temps infinis que vous m'en voulez horriblement et je ne m'en doutais pas.
LANGLADE
Moi, madame, je vous en ai voulu! Mais cette découverte que j'ai faite, m'a rendu, au contraire, un service inoubliable. Elle a presque modifié mon caractère, et ce jour-là, je me suis juré d'être tôt ou tard de ceux qui ont votre estime...
MARIANNE
Eh bien! puisque vous le prenez ainsi, je ne ferai pas l'hypocrite. Que voulez-vous? nous jugeons un peu légèrement, il n'y a pas à dire. Une attitude qui nous déplaît, un mot qui nous parait manquer de modestie ou de tact et voilà
un homme bon à pendre. . . (Lui tendant la main.) Plus
de rancune.
LANGLADE
Vous me comblez de joie, madame! J'aurais donné pour cette poignée de main tout mon pauvre succès d'hier et toutes les banalités qu'on m'a dites.
MARIANNE
Diable ! Voilà une poignée de main d*un joli prix.
LANGLADE, se rapprochant.
Enfin! Cette minute de causerie un peu intime avec vous, que je guette depuis si longtemps et que je n'espérais plus, je Tai ce soir... je l'ai! ..
MARIANNE
Voyons... voyons! ne dépassez pas les bornes de la petite causerie... D'abord, je vais vous prévenir d'un détail qui pourra vous être très utile
^32 L'ADV^RSAinE
d^ns la puUq de nos relation&f... J'ai u]i€| yérit^ble horreqr de cçt a^semblci de manouyr^s plus qu moins fausses, de cette stratégie de salon et de ces compliiTiepts fatigués que l'on désigne 3Qus rexpressiop générale : « Faire la CQur à une femme. » Tâchez de ne pas me faire la cour, ce sera charmant.
LANGLADE
Coipme vous avez raison ! . , . Comme on n'a pc^s le droit de vous dire, h vous, une galanterie vulgaire?... L'homme qui vous aimerait, s'il osait jamais vous l'ayouer^ devrait le faire sans détour subtil ou adroit, avec toute la simplicité de la passion. Vous le repousseriez certes, au moins vous i\& le mépriseriez pas,
Il ne faut pas mépriser son prochain, Mais ja ne le rev^rr^-is jamais et le résultat serait le même.
Et s'il ne vous demandait rien que de Técouter un instant?
MARIANNE
S'il ne me demandait que cela, je lui répon-r drais : a Mon cher monsieur Langlade, nous étions déjà de bons amis, je commençais à avoir beaucoup de plaisir à causer avec vous. Si vous dites un ipot oe plus, vous allez tout gâter, et je vous assure que ce §er^ domm^ige. »
LANGLADE, à voix plu» batse.
Eh bien! je ne vous verrai plus, je ne vous parierai plus... Tant pis pour moi! Ce sera le désastre qu'il faut que tput homme ait une fois d^-ng »a vie, Mais ^u Bftoiïis, je vous aurai dit que je vous ^iipe» QU® jfî vous aiipe ardemment, et ie vous l'aurai ait s^vec assez de sincérité et de
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douleur pour que vous ne l'oubliiez pas tout de
MARIANNE
Ce qui m'enlève tout remords, q'est que VQïis Foubliere? en même teipp^ que moi.,. Vous êtes trop ambitieux pour avoir des passions désordonnées et douloureuses; le même cœur ne peut pas contenir l'ambition et l'amour.
Mai9 toute fimbition, au contraire, qui u'est pp,^ née d'un grand amour est méprisable. C'est depuis que je vous aime, depuis que je le sais, que l'ambition et le courage me sont venus!... Mon premier succès, je voiis le dois! je le dois à mon amour. Oui... oui... je suis ambitieux ! et je voudrais d'autres §uqçè§!,.. 4^ rêve de vrais triomphes et la gloire! Mais, glojr^, s.uccès, triomphes, tout cela fl'f>st yien si,' dès qu'on les a, on ne peut pas les jete;r au? pieds d'uwe femme ! Si on ne peut pas lui dire : « Pendant qu'on m'applaudissait, je ne voyais que toi dans la foule! Je parlais avec éloquence, mais c'est toi qui étais la pensée et la flamme ! Je gouverne les nommes, mais je suis un pauvre jouet entre tes doigts! »
MARIANNE
Taisez-vous!...
LANGLADE
Je vous aime!... Je vou^ aime!... Vous l'avez deviné depuis lougtemps.,, Oh ! oui-.-. Et tout disparait pour moi devant Tespoir que vous m'aimerez un jour... Marianne!... Marianne!... Je ne vous dis plus que ceci...
MARIAI^NE, troublée.
T^i^e^^YQua... Taisez- vpus. Je vous en supplie!
224 l'adversaire
LANGLADE
Ma vie est tout entière à vous ; elle est comme un objet qui vous appartient : Prenez-le, dédaignez-le, ou cassez-le!...
(Il s'incline, voyant quelqu'un entrer par la droite. Entrée de Norbert.)