LÉA KT CARMEN
Au revoir, monsieur Piégois.
LE BARON, apparaissant en haut de la plate-forme, salue Léa et Carmen, et, du haut de l escalier.
Où est-il, ce monsieur qui me demande ?
PIÉGOIS.
(Le baron descend et vient à Piégois.)
LE BARON
A qui ai- je Thonneurde parler?
PIÉGOIS.
A monsieur Piégois, directeur du casino.
LE BARON
Et VOUS désirez, monsieur?
PIÉGOIS.
Voici, monsieur le baron. Verriez- vous un inconvénient quelconque à prendre le train de six heures quarante-cinq ?
306 MONSIEUR PIÉGOIS
LE BARON
Je ne comprends pas.
C'est un train excellent : il y a des wftgoit^Jits.
LE BARON
Vous me faites une plaisanterie, n'est-ce pas?
PIÉGOIS.
Si VOUS vous refusiez, par hasard, à prendre le train que je vous indique, monsieur le maire
que VOICI... (Il désigne Herbelin qu,i \H an jçurn9>l.J Ct
qui est non seulement le premier magistrat de la commune, mais encore le chef de la police municipale, vous ferait une plaisanterie bien meilleure encore : il vous mattmt an état d'arrestation...
LÇ BA^ON.
Monsiçuç 1 . . . SavQz-Yov}§ à qui y^ub psirl^?... Je suis le baron Alberti... une des plus vieilles familles italiennes...
PIÉGOI$.
Moi, je suis d'une (4e§ p^us vieilles familles de Montmartre.
LE BARON
Je vais aller me plaindre au consul d'Italie !
PIÉGOIS.
Le consul d'Italie, ici, c'est moi... Allons, mon petit, allez-vous-en sans faire le maliii, ç'^st un conseil que je vous donne... Je ne connais pas très bien votre figure; mais, au lieu d'être le baron Alberti, vous seriez le nommé Blondeau, professeur de baccara, membre d^ plueieur-s cer-clés parisiens et expulsé de plusieuf» autres, que
ACT« (, scèi»? lu 8Û7
ça ne m*étonnerait pas autrement... Alors, nous partons ce soir, n'est-ce pas, mon bon?... Parfait!... Un dernier naot : Vous allez laisser mille francs à monsieur le maire, pour les pauvres de la commune... Là... donnez-les-lui tout de suite...
(Le baron sort un portefeuille et, allant à Herbelin, lui remet un billet.)
LE BARON
Monsieur le maire, voici mille francs pour les pauvres de la commune.
Votre Q0m, moBsiaur?
LE BARON
C'est un don anonyme.
(Il remonte vers la plate-forme et réclame h voix basse son pardessus à un vaiel de pied qui le lui remet.)
HERBKLIN, venant à Pi^ijoin.
Qiii est ce pjonsieiir?
C*est UH monsieur qui joue admirablement au baccara et qui ne reyieiidra plus.
LE BARON, qui a endossé son pardessus, à Piégoîs.
C'çst tout ce qi^e vous aviez à me dire?
PIÉGOJS.
C*est tout.
LE BARON, A Herbelin.
Monsieur le maire, j['ai Thonneur de vous saluer.
(Il ^ri par la, gauche,)
308 MONSIEUR PIÉGOIS