‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 214 sur 272 · ACTE I, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XIII

fants, c'est effrayant ce que j'aurais fait! Tu ne peux pas t'en douter. Penses-tu que je sois une iemme comme Henriette?... J'en ai, moi, des nerfs. Eh bien! le jeu c'est mon dérivatif. Quand mon imagination s'affole, avec une bonne nuit de poker ou de baccara, je me calme.

JANTEL.

C'est un peu cher...

MADAME JANTEL.

En dehors du jeu, je ne dépense rien. Dans notre situation de fortune, n'importe quelle femme à ma place dépenserait le double, voilà la vérité... Parfaitement. Je ne t'ai même pas demandé cette année ce que tu me donnes habituellement...

Mais oui, j'y pense... Tu es en retard avec moi... Tu me dois au moins dix mille francs. Donneles-moi.

JANTEL.

Ne plaisante donc pas, ce n'est pas l'heure.

MADAME JANTEL.

Enfin, tu n'es pas gêné? Nos affaires vont toujours bien?

JANTEL.

Mais oui, très bien...

MADAME JANTEL.

Aussi bien qu'avant ?

Rien ne va aussi bien qu'avant, parce qu'il y a une crise générale...

MADAME JANTEL.

Alors, ça va mal?

JANTEL.

Oui.

346 l^IONSIEUU PIÉGOIS

Ça va-t-il mal ou très mal?

J^NTEL.

Très mal. Je te dirai la reste, viens, j'ai plusieurs idées... Viens donc 1

MADAME JANTEL, — un temps.

Attends un peu...

JANTEL.

Quoi?

MADAME JANTEL.

4p n>i pas pluçieurç i^^e^^ m^i^ ]ex\ ^j une...

JANTEL. •

Pentpns. Tu ipe la diras à Ije^ maison.

Non, ici... Tu vas vpir pourquoi... Qu'est-ce que tu cherches?

JANTEL.

Dame!

M^^AME JANT};:^.

De l'argent?

JANTEL.

Naturellement.

MADAME JANTEL.

Eh bien!... Adresse-toi à un homme inj;elligent, ayant des capitaux énormes, audacieux, risqùeur, joueur, et qui sera enchanté d'entrer en relations avec ui^ homme comme toi.

JANTEL.

Il n'y a qu'à le connaître.

MADAME JANTEL

Je le connais.

APTE \, spè^'e ?în 347

Toi?

Moi.

Et c'est?...

Piégois...

MADAME JANTEL.

JANTEL.

MADAME JANTEL.

JANTEL.

Tu es folle!... Piégois!... D'abord, je ne crois pas du tout que Piégôis ait tant d'argent!...

MADAME JANTEL.

Ah!... ah! Il a tout l'argent qu'il veut, c'est bien simple... Tu me demandes comment je le sais?... Par Herbelin, le maire, qui ^st très mêlé aux affaires de Piégois depuis longtemps, et qui m*en a dit long sp,ns en avoir Tair... Tu t'imagines qu'il n'y a aûe les banquiers, les industriels qui aient de 1 argent? Ceux-là n'ont souvent que du crédit et de la surface... Mais les véritables manieurs d'argent, sois-Qn sûr, ce sont des gens comme Piégois!...

JANTEL.

C'est justement ce qui ne me plaît guère, d'entrer en relations ^yeç> des geni^ coname Riégpjs...

MADAME JANTEL.

Tu me fais rire... Vous me faites rire tous les deux,' ta sœur et toi, avec vos idées, votre monde et le choix de vos relations ! Si l'on se met à faire attention à ces détails, je me demande qui on pourra fréquenter dans dix ai^s... Va! crois-en le premier conseil que je te donne de ma vie, pense à Piégois...

JANTEL.

Tu ne te rends pas compte de certaines choses...

348 MONSIEUR PIÉGOIS

Je ne peux pas me mettre à la discrétion d'un monsieur qui...

MADAME JANTEL.

Qui te parle de te mettre à sa discrétion? 11 faut être adroit, l'attirer sous un prétexte quelconque... les terrains... les terrains!... Piégois sera enchanté d'être en contact avec des gens de notre monde... il en sera flatté... Et puis, un beau jour, sans en avoir Fair, tu lui exposes ta situation... Et il marche!

JANTEL, secoaant la tête.

Tout ça...

MADAME JANTEL, l'interrompant.

Dans les circonstances critiques comme celles où nous sommes, il faut aller de l'avant, sans regarder derrière soi! Pas de remords, pas de récriminations, mais de l'estomac, voilà à quoi me sert mon tempérament de joueuse!... (Voyant

Piégois paraître sur la plate- forme, sortant du baccara ai>ec

Lebrasier.) Laisse-moi accrochcr ça.

JANTEL, bas.

Non, pas aujourd'hui, je t'en prie...

MADAME JANTEL.

Allons donc! Jai un joint...

PIÉGOIS, sur la porte, à Lebrasier qui reste dans les coulisses.

Viens donc, puisque tu as gagné.

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