SCENE III
JANTEL, MADAME JANTEL, puis LEBRASIER
et HENRIETTE.
MADAME JANTEL, à son mari, qui marche avec agitation.
Mais ne sois donc pas nerveux comme ça... Ma parole, rien qu'à te voir, on devinerait qu'il se passe des choses extraordinaires!...
JANTEL.
Il y a de quoi être nerveux !
MADAME JANTEL.
Raison de plus pour être calme et se contenir. Piégois est un homme d'un sang-froid prodigieux. Ne perds pas le tien, ce serait très grave ; tu te découvrirais immédiatement Nous ne savons pas
où nous irions. (Jantel s'assoit sur le canapé.) Il faut
que Piégois soit convaincu qu'en mettant de l'argent dans ta maison, il fait une bonne affaire. En réalité, il en fait une excellente... 11 en fait une excellente, je le répète. En tout cas, tu dois en être persuadé. Si tu ne l'es pas, il faut en avoir Pair. La conversation que vous aurez tout à l'heure ensemble sera décisive. Tu t'en rends compte?
JANTEL.
Oui... oui... Ah ! que j'ai hâte de savoir à quoi
â5â Monsieur piégois
m'en tenir. Pourquoi diable kÉ-i\x invité tout ce nlonde?
VrfiLimeût, pourquoi ? C'est enfantin cette question! Tu aurais préféré que nous déjeunions tous les trois, sournoisement, et que Piégois devine au premier mot que tu l'as attiré dans un traquenard !
JANTEL, protestant.
Mdë pardon Li. Il n'y à là «tilôuti tra^iiferialrd.
MAOAlliE JANTEL.
Comprends donc que notre habileté a été justement de ne pas nous presser depuis îiôtre doliVérsation de l'autre jour, au casino*», de n'avoir rien dit de compromettant... de n'avoir parlé que de constructions futures, de terrains^ Jamais un mot d'affaires... Piégois est à cent lieues de soupçonner la situation véritable.
janteL.
Evidemment.
Madame jantel.
Nou^ ravdfls itivité à déjeuner urie première fois en famille... une seconde foi»^ aujourd'hui, avec Herbeliti et quelques amis. Le déjeuner a été gfti.ii Piégdls est un homtrie de famille, as-^iu observé ce détail?... H est plein d 'attentions et d^ galafi-^ teHe pour nos filles.^* poui' Henric^ttei*. H a beau^ coup de tact... Le voilà tout à fait à son aise stvec nous* Il est mûr podr t'écoilter daîis les meilletires conditions... Tout le monde s'en Ira après le caféj tran^ilillement^ naturellement, et je vous laisserai seuls, cotnme si de rien n'était,
JANtÈL.
Il sera temps. J'ai encore l-eçU tout à TheUre
ÀtitÈ it, ëtiÈi9Ë m àâd
Utile lëtfré de PâHs, tt^Sè pfësfeaiitè, fffig incjùiêitâùté. Je dëvràië éWè pdfti pôili- pârèf âU pUtfe pressé.
MADAME JANtEL.
Tu n'as rien dit à ta sœur, j'espère*?
JANTEL.
J'y ai songé. Mais elle n'est pas assez riche ,pov|r venir utilement à mon secours. Son mari n'a laissé qu'une très petite fortune, rf. Ce qu'elle possède, elle me Toff rirait...
MADAME JANTEL.
Sans doute.
JÀNTÉL.
Je èéràiâ i)ëùt-'êfrè tettté de lé {jHiidreî et je l'entraînerais avec moi, sans aucune chan(îè aè nous sauver, ni l'un ni I atitre.
MADAME JANTEL.
Nous n'en sommes pas là. Moi, j'ai confiance daiis là combinaison t^iégôis... Tu iié trOiiVes |)as curieux, comme coïncidence, (^iiil sôit précisément le camarade d'école de Lebrasier, qui est notre ami intime?
Je ne vois pas le rapport.
MADAME JANTEL.
Ça ne te semble pas de bon augure?
Ni bon, ni mauV&ià.^; (Un temps.) Tu ne m'en veux pas?
MADAME JANTEL, émue.
Donne-moi la main; je suis là... (Voyant Uen-
360 MONSIEUR PIÉGOIS
riette qui apparaît de la terrasse avec Lebrasier et fait un pas
sur la scène.) As-tu les papiers que tu dois montrer à Piégois?
JANTEL, désignant la table de droite.
Ils sont là.
MADAME JANTEL, à Henriette.
Vous savez, ma chère, que c'est décidé pour les terrains.
(Pendant les répliques suivantes, Janiel s'éloigne et sort par la droite.)
HENRIETTE
J'en suis ravie.
MADAME JANTEL.
Très bien exposés... Nous ne trouverons jamais mieux.
HENRIETTE
C'est mon avis. Et vous, Lebrasier!
LEBRASIER.
Je crois qu'on aurait trouvé aussi bien dans le pays, en cherchant.
Quelle erreur!
LEBRASIER.
Je connais un lot au moins aussi avantageux...
MADAME JANTEL.
Je sais ce que vous voulez dire, mais il est en
Slein midi... Non... non... tenons-nous-en là... [ous allons traiter aujourd'hui...
(Elle sort par la baie du fond.)