‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 254 sur 272 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

C'est un bond, un bond énorme!.*. Tu as admirablement manœuvré. J'ignore quelle espèce de manœuvres tu as faites, mais tu as réussi, et tout est là...

PIÉGOIS, s'approchant de Lebrasier et lui tapant doucetnent

sur l'épaule.

Mon vieux Lebrasier, je vais te révéler un détail qui té réjouira certainement...

LEBRASIER.

Ah!

PIÉGOIS.

Et dont ton délicieux caractère va tirer mille satisfactions...

LEBRASIER.

Je t'écoute.

PIÉGOIS.

Tu me crois l'homme le plus heureux de la terre ?

LEBRASIER.

Je n'en doute pas une minute.

PIÉGOIS, sur le ton le plus calme.

Eh bien, non seulement je ne suis pas un homme heureux, mais je suis au contraire un homme très malheureux!

LEBRASIER.

Toi?

PIÉGOIS.

Moi-même... Et tu t'en apercevras un de ces matins quand, malgré tes félicitations, je me serai cassé la tète.

LEBRASIER, stupéfait.

Qu'est-ce que tu me chantes?

PIÉGOIS.

La vérité, mon bon Lebrasier. Et je te la dis à toi parce que tu es la personne rêvée pour ce genre de confidences.

418 MONSIEUR PIÉGOIS

LEBRASIIilR, lu voix un peu changée.

Je me demande quel chagrin tu pourrais bien avoir. Un homme comme toi est incapable d'avoir un chagrin d'amour. Tu veux me faire croire que tu as un chagrin d'amour?

PÎÉGOIS.

Je ne tiens pas à ce que tu le croies !

LEBRASIER.

Allons donc ! . . . C'est madame Audry que tu aimes?

PIÉGOIS.

Mon Dieu, oui.

A ce point-là?

A ce point.

LEBRASIER.

PIÉGOIS.

LEBRASIER.

Au point de...

(Il fait un ffêstê \iAgne.)

PIÉGOIS.

Oui.

LEBRASIER.

Tu ne te moques pas de moi?.,. Je te dis ça parce que tu as l'air tellement calme. Tu n'as pas l'air de souffrir... Mais ça ne prouve rien... (Le regardant.) Oui... oui... je me rends bien compte que tu souffres.

Tu dois être content?

LEBRASIER, éclatant

Voilà Terreur sur mon caractère qui recommence! La voilà!... Mais comprends donc, à la Jin, nom d'un chien! Quand je voyais heureux un gaillard comme toi, qui ne le méritait pas, ça m'exaspérait, c'est bien naturel. Mais du moment,

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