‹ Theatre Complet IV La Chatelaine L'Adversaire Monsieur PiegoisChapitre 51 sur 272 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

JOSSAN.

Je Tai lu dans un opuscule sur Sauveterre que j'ai trouvé à Angers.., MaU ce dont je suis encore plus 3ûr, c'qst que depuis dimanche, je ne vous Q^\ yue qup deux fois. Et encore U m'g, fallu des prétextes d'une ingéniosité!... Tenez, je vais de ce pas visiter un étang avec mon beau-frère et ma sœur. Ils m'attendent à un petit village près d*ici. Pour m 'échapper, j'ai soutenu que j'avais bespin de mesurer la hauteur de cette balustrade, et j'ai emporté un mètre... Le voici... (Ji iQvt un rouleau.) La h^lustrade aurait soixante-quinze centimètres de hauteur, que ça ne m'étonnerail; pas. Vpilà ^ qu^ls stratagèmes nous condamne ^opinion publique.

THÉRÈSE

Qne dit votre sœur?

Elle me boude, p'est adrnirablp ! Et mon beaufrère est enchanté de voir sa feranje me bouder. Il me fait des plaisanteries d'agriculteur. Je m'amuse suffisamment. Dois-je parler aussi des La Baudière? Oui, après quoi nous ne parlerons plus que de nous. Madame de La Baudière et ma sœur trament des complots à faire frémir : je les vois échauffer des sourires d'une enfantine férocité. La Baudière qui est un être délicieux, intrigue contre sa propre femme pour marier la jeune Lucienne avec un petit avocat dont j'ai mit la connaissance et qui est très gentil. Je crois que je vais avoir h Angers un procès sans la moindre ipaportance ; je le lui confierai, il nie le fera perdre, ça le lancera. Seulement, en ce qui nous concerne, un de ces jours, je prendrai ma sœur à part et je lui intimerai Tordre d'avoir à vous ^ivf^^T beaucoup. Et maiQl^nant quil ne

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soit plus question de personne. Qu'avez-vous fait hier?

THÉRÈSE

Je n ai pas bougé d'ici, sauf une promenade dans le parc avec Jacques. J'ai lu et j'ai songé.

JOSSAN.

A quoi?

THÉRÈSE

Cherchez !

JOSSAN, lui prenant la main et la regardant.

Thérèse, vous ne vous imaginez pas comme ce cadre d'ancienne France, avec tous ses souvenirs de drame et de joie, comme ce ciel léger vont divinement à votre visage!... Oui... je voudrais pouvoir vous parler tout à coup en vieux français. Malheureusement, nous ne le savons ni l'un ni l'autre. Moi, je ne me rappelle qu'un mot : Je t'ayme. En voilà un qui n'a pas changé. Nous le prononcerons éternellement de la même façon ; son affaire est bonne, il n'a rien à craindre.

THÉRÈSE

Oh ! André, c'est la première fois que j'ai la sensation que la vie n'est pas faite uniquement d'ennuis, de devoirs mornes et de menaces.

Môme jeune, même très jeune, ici dans ce château, entre mon père malade, ma mère inquiète^ je n'ai jamais eu peut-être la vraie gaieté, la gaieté sincère et vivante. Mon mariage m'a été tout de suite un remords. Que serais-je devenue si je n'avais pas eu d'enfant? Et me voilà transformée grâce à vous, grâce à votre vaillant caractère. Je suis très heureuse... je vous aime!

JOSSAN.

Oui, nous sommes « presque » très heureux.

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