‹ Théâtre completChapitre 131 sur 592 · BAJAZET, ROXANE, ATALIDE · texte numérisé non relu

BAJAZET, ROXANE, ATALIDE

ROXANE

Venez, Seigneur, venez : il est temps de paraître,

Et que tout le Serr;iil reconnaisse son m;iîlre.

Tout ce peuple nomhreux dont il est habité, 1015

Assemblé par mou ordre, attend ma volonté.

Mes esclaves gagnés, que le reste va suivre,

Sont les premiers sujets ([ue mon amour vous livre*.

L'auriez vous crn, Madame, et qu'un si prouipt retour

Fît à tant de fureur succéder tant d'amour V 1020

Tantôt, à me venger fixe ^ et déterminée,

Je jurais qu'il voyait sa dernière journée.

A peine cependant Bajazet m'a parlé,

L'amour fit le serment, l'amour l'a violé*.

J'ai cru dans son désordre * entrevoir sa tendresse : 1025

infidèle de l'autre. » En parlant ainsi, il parlait on homme. Quand on songe qu'il ne s'agit de rien moins que du salut d'un ami tel qu'AConiat, de relui d'Atulide, de Bajazet lui-même, et de l'emiiire, on est forcé d'avouer (|ue li's rafCnoments de délicatesse d'un coté, et la folle complaisance de l'aulre, sont l'opposé de la tragédie, parce qu'ils le sont du bon sens. Les madrigaux sont par trop déplacés au milieu des gl:ii\es; et romar.|uez qu'en donnant a Bijazel cette fermeté qui le relevait d'ailleurs, rien n'en;pcchait que son intrigue avec Alallde ne fût de même décou- erte, et que l'action ne marchât vers le dénoùment. Bajazet eut été ce nu'il devait être, et le spectateur n'eût pis été dans le cas de dire que s'il périt, c'est qu'il l'a bien vouhi, et qu'un p in^e qui, d ms de pareilles circonstances, sacrifie tout à de si minces scrupules de tendresse, non seulement n'est point un héros et encore moins un héros turc, mais ne mérite nullement qu'on se perde pour le servir. Je le répète, si Racine s'est mépris a ce point cette fois, c'est qu'égaré par le grand succès de Ùérénicc, il s'est laissé aller très mal à propos au plaisir de traiter encore une fois ces délicatesses de l'amour, qu'il entend.iit si bien, mais qui n'allaient bien qu'à Bérénirp. » (La IIarpk.)

1. Le nom de Z lïre, et nous ne savons pourquoi, ne figure plus parmi ceux des personnages sur le théâtre, à cette scène et à la suivante, dans les éditions publiées du vivant de Ruine. Hoxane annonce qu'ell» va se déclarer; elle n'a donc aucun motif d'éf-arter eu entrant la confidente d'At ilide.

2. L'actrice doit faire, dans cha -une de ses paroles, sentir la tendresse et la joie. Le ton sur lequel elle s'exprime ne doit pas tnèine ressembler à celui qu'elle avait au commencement du second acte. Elle a celle fois la confiance.

3. Décidé'^ à, résolue à; nous ne connaissons pas d'autre exemple de l'emploi de ce mot dans ce >cns.

4. Tout le monde a été unanime à louer la grâce joyeuse et la finesse charmante avec lesquelles mademoiselle Rachel prononçait ce vers, que certains crilique< ont blâmé, comme trop familier.

3. Désordre a ici le sens de trouble, comme dans ces vers de Britannicus (ni, vil) :

Combien de fuis. h»lis ! pin'sqii'il raul voik |i> dire. Mou cœur de son désordre allait-il vous iiiilruire?

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