‹ Théâtre completChapitre 136 sur 592 · L'amour est défiant, quand l'amour est extrême · texte numérisé non relu

L'amour est défiant, quand l'amour est extrême

(PiiioM, Méli-omanie, IV, vu.)

2. On lit dans la Notice sur Bachelde M. Védel (p. 71-72) : « Tout ce couplet, mademoiselle Rachel l'a dit au public, jusqucs et y compris l'exclamation : ah .' qu'elle a jetée avec beaucoup d'énergie et qui a été fort applaudie ; puis, s'adressant ensuite à Ataiide, elle a repris: Mais il vous parlait? Ceci est évidemment faux et contraire à la pensée de l'auteur. H a voulu que l'exclamation ah! fût la conséquence du premier trait de lumière qui éclaire Roxane sur l'amour de Bajazet et d'Atalide. Et en clfet il fait dire :

liais moi-méiiie Liutôt me serais-je abusée ?

I>onc elle s'interroge, elle cherche dans son esprit les causes de la froideur, de l'indifTérence de Bajazet. A te moment elle doit porter ses regards sur Ataiide, qui se trouve près d'elle, et dont l'attitude contr.iinle, la contenance embarrassée lui donne le premier soupçon de cet amour et lui fait pressentir sa rivale. C'est alors qu'à part et à elle-même elle doit prononcer avec un sentiment amer de jalousie l'exclamation ah! qui n'est en effet que l'expression de la découverte qu'elle vient de faire, puis reprendre d'un ton soupçonneusement interrogatif : Mais il vous parlait? elr. La preuve en est évidente; elle se trouve dans les premiers vers qu'elle dit lorsqu'elle est restée seule :

De tout ce que je vois que faut-il que je pease ?

Cependant Rachel ne put se décider à modifier une manière qui lui valait tant d'applaudissements. »

3. « Cet entretien entre deux rivales inspire la terreur: ce moment estTrairaent trasique parce que les personnages sont dans un grand danger, et cependant le di.ilogue est simple, naturel, il n'y a aucun fracas sur la scène. « (Geofpboï.]

4. On lit dans Vauvenargues (Éd. Gilbert, i, 241) : « Lorsnue Roxane, blessée des froideurs de Bajazet, en marque son étonnemint à Atalidc, et que celle-ci proteste que ce prince l'aime, Roxane répond brièvement:

Il y Ta de sa vie au moins que je le croie.

Ainsi cette sultane ne s'amuse point à dire : « Je suis d'un caractère fier et violent. J'aime avec jalousie et avec fureur. Je ferai mourir B'jazet s'il me Ira. hit. » Le poète tait ces détails, qu'on pénètre assez d'un coup d'œil, et Roxane se trouve caractérisée avec (dus de force. Voilà la manière de peindre de Racine : il est rare qu'il s'en écarte. "

5. Il faut entendre ici par chagrin une humeur inquiète et sombre comme dans Esther (UI, ii) :

A la table d'Eslher portijz-vous ce chagiin ?

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