‹ Théâtre completChapitre 18 sur 592 · Atossa · texte numérisé non relu

Atossa

5. La comparaison que fait ici Racine entre Bajazet et les Prrsps est plus ingénieuse que juste. Les spectateurs qui assistaient à la représentation de Bajazet y apportaient un esprit dégagé de toute préoccupation d'intérêt personnel. Peu leur importait que l'action se passât en Turquie ou en Sibérie, les Athéniens, au contraire, qui se pressaient pour entendre la tragédie des Perses, y venaient s'applaudir eux-mêmes; c'était une satisfaction donnée à leur patriotisme ; et l'action avait beau se dérouler dans la cour lointaine de Xerxès, c'était Athènes victorieuse qui occupait la' scène. On le voit. Racine se défend ici en avocat, auquel il suffit de paraitre avoir raison. Aioutons qu'à notie avis il n'avait pas besoin de se défendre.

'6. Hérodote raconte qu'il se jeta à la mer pour arrêter un vaisseau qui fuyait, et qu'il le retint par la poupe, mais qu'un coup de hache lui enleva la main.

7. Tout le développement qui commence à cette phrase a été supprimé par Ra'ine dans l'édition de 1697. Il est probable qu'alors les critiques soulevées jadis par Bajazet étaient tombées d'elles-mêmes. Nous avons cru cependant intéressant de conserver ce morceau, qui répond mieux que personne ne saurait le f.iire aux reproches adressés par Corneille à la tragédie de son jcuiie rival.

des peuples qui passent ici pour barbares. Mais sans parler de tout ce qu'on lit dans les relations des voyageurs, il me semble qu'il suffit de dire que la scène est dans leSerrail. En effet, y a-l-il une cour au monde où la jalousie et Vamour doivent être si bien connues ' que dans un lieu où tant de rivales sont enfermées ensemble, et où toutes ces femmes n'ont point d'autre étude, dans une éternelle oisiveté, que d'apprendre à plaire et à se faire aimer? Les hommes véritablement n'y aiment pas avec la môme délicatesse. Aussi aije pris soin de mettre une grande différence entre la passion de Bajazet et les tendresses de ses amantes. Il garde au milieu de son amour la férocité* de la nation. Et si l'on trouve étrange qu'il consente plutôt de ' mourir que d'abandonner ce qu'il aime et d'épouser ce qu'il n'aime pas, il ne faut que lire l'histoire des Turcs. On verra partout le mépris qu'ils font delà vie. On verra en plusieurs endroits à quel excès ils portent les passions, et ce que la simple amitié est capable de leur faire faire. Témoin un des fils de Soliman, qui se tua lui-même sur le corps de son frère aîné, qu'il aimait tendren^ent, et que l'on avait fait mourir pour lui assurer l'Empire*.

1. Amour au singulier n'est plus aujourd'hui féminin que dans la poésie.

2. Ce mot est pris ici dans son sens latin : la fierté farouche ; il n'a pas la luème acception que dans la Première Préface d' Andromaque : « Toute la liberté c(ue j'ai prise, c'a été d'adoucir un peu la férocité de Pyrrhus, n

Page 1