‹ Théâtre completChapitre 23 sur 592 · Racine avait d'abord écrit un vers dur · texte numérisé non relu

Racine avait d'abord écrit un vers dur

Et depuis quand, Seigneur, entre-t-on en ces lieux...

4. Ce début est imité de celui de V Illustre Bassa de Scudéry ; Roxelane fait «ntrer Rustan dans le sérail, et, comme il s'étonne, lui dit :

ROXBLÀNE.

Rusian, ne craignez rien ; ne soyez point en peine.

C'est un droit qu'on accorde à l.i sultane reine.

Kt, nialgie la coiiUinie ei sa sévérilé,

Le Senail de dehors a cette liberté.

Ici. quand il me plaît peuvent entrer li^s bon>mc$,

Et Ritielane enfin règne aux lieux où nous loinmei.

Mon entrée en ces lieux ' ne te surprendra plus -.

Mais laissons, cher Osmin, les discours superflus.

Que ton retour tardait à mon impatience!

Et que d'un œil content je te vois dans Bysance ^ ! 10

Instruis-moi des secrets que peut t'avoir appris

Un voyage si long pour moi seul entrepris.

De ce qu'ont vu tes yeux parle en témoin sincère :

Songe que du récit, Osmin, que tu vas faire

Dépendent les deslins de l'empire ottoman*. 15

Qu'as-tii vu dans l'armée, et que fait le Sultan*?

OSMIN

Babylone^ Seigneur, à son prince fidèle.

Voyait sans s'étonner'' notre armée autour d'elle;

Les Persans rassemblés marchaient à son secours,

Et du camp d'Amurat s'approchaient tous les jours. 20

Lui-même, fatigué d'un long siège inutile,

Semblait vouloir laisser Babylone tranquille *,

Et, sans renouveler ses assauts impuissants,

Résolu de combattre, attendait les Persans ^.

1. C'est la troisième fois en sept vers que Racine emploie cette locution. Voir Esther. note du vers 90S.

i. 11 Comme le spectateur doit d'abord être très-étonné de voir des hommes dans e sérail. Osmin témoigne sa surprise en y entrant :

Et depuis quand, Seigneur, enlre-l-on dans ces lieux?

Le rizir lui répond qu'il Ta bientôt en dire la raison, et qu'il doit auparavant l'entretenir de choses plus pressantes. Celte réponse suffit pour laisser en susp»ns la surprise d'Osmin et celle des spectateurs. Les derniers vers de la première scène répondent à sa question. » (Louis Ràcikg.)

3. Constantinople, avant de porter son nom moderne, s'est appelée successivement Byzance et .\ntonia. Racine a trouvé, comme Dalibray dans son Solyman, que le nom de Byzance se prêterait plus facilement aux exigences du vers.

4. Tout ce début est d'une merveilleuse habileté. Osman revient à l'instant de l'armée, où Acomat l'avait envoyé pour sonder les esprits des sold.its. Le viiir est impatient d'entendre le rapport de son émissaire, et justement la Sultane l'appelle au sérail. Il y introduit Osmin à sa suite, écoute son récit, par les questions qu'il lui pose nous laisse entrevoir ses projets, et, lorsqu'il voit que tout marche au gré de ses souhaits, il révèle ses desseins à son favori et au spectateur. La vraisemblance parfaite de cette exposition en rehausse l'intérêt. — Pour le mot Ottoman, voir les Acteurs, p. 31. note 3.

Page 1