Vin. — Sans chercher de si loin un odieux époux
5. Ce couplet est singulièrement habile ; la sincérité et la violi nce même de l'amour du roi l'evciisetit et le relèvent à nos yeux. « Et alors nous voyons cet amour de vieillard se marquer d'un nouveau caractère, que n a point oublié Victor Hugo dans sa merveilleuse analyse. Rappelez-vous ce que dit Ruy Gomez àDona Sol:
... Et pnh. vnis-tn, le monde Irnnve hesii, Lorsq;i'iiii hiiiiinie s'é|.-uil, el, laiiiln'iii par lanihcau. S'en va, Uir-qu'il trébuche au marbre de la luiiibe. Qu'une tiinme, an<;e pur, innucente coIoiubL*, ■Veille sur lui, l'abrile et daigne eiicor soulTrir L'iiriitile vieillard qui n'e*t bon qu'à mourir. C'est une œuvre sacrée el qu'à bon droit on loue Que ce su|iêiiie elTorl «"un cœur qui Je devoii. . (,)ui console un miuirHot jusqu'à la fin du jour, Elsansaiuier peut-être a des semblants d amour.
Le vieillard amoureux prend la jeune femme qu'il aime par un des sentiments les plus nobles et les plus délicats qui soient en elle : 1 1 pitié tendre pour les faibles, pour les déshérités de la vie: « Il ne me reste plus que ton amour au monde, ne me le lotire pas! " Eh bien, c'est ce que dit ijrécisémcnt Mithridate, non pas avec cette onetueuse sensibilité du liuy Gomez de Victor Hugo, mais avec les emportements de violence qui conviennent à un despote irrité :
Atlendiez-vous pour faire un aveu si funeste
Que le siTt ennemi m'eût ravi tout le reste,
El que, de toutes part? me voyant accabler,
J'eusie en vous le *eul bien qui me pût coii-oler ?
Est-ce qu'au fond ce n'est pas le même scutimeut'? » (M. Sàrcet, le Temps, Chronique théâtrale du 17 février 1879.)
25 8 MITHRIDATE
Cependant, quand je veux oublier cet outrage,
Et cacher à mou cœur cette funeste image ',
Vous osez à mes yeux rappeler le passé,
Vous m'accusez encor, quand je suis offensé. 1310
Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte ^.
A quelle épreuve, ô ciel, réduis-tu Mithridate?
Par quel charme ^ secret laissé-je retenir
Ce courroux si sévère et si prompt à punir *?
Profitez du moment que mon amour vous donne : 1315
Pour la dernière fois, venez, je vous l'ordonne.
N'attirez point sur vous des périls suporllus ^,
Pour un fils insolent que vous ne verrez plus *.
Sans vous parer '' pour lui d'une foi qui m'est due,
Perdez-en la mémoire *, aussi bien que la vue ^; 1320
Et désormais sensible à"* ma seule bonté.
Méritez le pardon qui vous est présenté ".
I. Un peu de réflexion est nécessaire pour bien faire sentir l'exquise déliratesse de ce vers.
■ 2. 11 est fort difficile de trouver des rimes au mot Mithridate; Racine a pris soin de donner à son confident le nom d'Arbate, ce qui lui a été quelquefois utile ; il se sert souvent du mot /laite; mais, malgré ses efTorts, il n'a pu dissimuler toujours que ce mot ne ven:iit là que pour la rime.
3. Par quel effet surnaturel, qui tient du sortilège; de même dans Andromaque (1, i) :
Par qii.;l chirme, oubliant tant de lourmenls soufferts, Pouvuz-voiis ron^entir à renlrer dan^ ses lers?
4. L'amour du vieillard a tant de violence qu'il oublie sa vengeance à l'aspci't seul de Monirae, et qu'il se dit, comme Athalie (II, vu) :
Je serais sensible à la pillé !