ACTE V, SCENE II
Donnez. Dites, Arcas, au Roi qui me l'envoie
Que de tous les présents que m'a faits sa i)onté,
Je reçois le plus cher et le plus souhaité *.
A la fin je respire * ; et le ciel me délivre
Des secours importuns qui me forçaient de vivre. 1520
Maîtresse de moi-môme, il vent bien qu'une fois
Je puisse de mon sort disposer à mon choix ^.
PUiEDIME.
Hélas !
MONIME
Retiens tes cris * ; et par d'indignes larmes,
raWe, qui offre son bras à l'âme fatiguée du pèlerin, qui la fait monter sur les degrés du temps, lui ouvre le magnifique palais, lui fait un signe amical et disparaît. »
1. Plutarque, dans la Vie de Lucidlus (Trad. Amyot, XXXIT), nous raconte que Statira. recevant le poison que lui envoyait Mithridate, « loua et remercia son frère de ce que, se voyant en danger de sa personne, il ne les avoit point oubliées, ains avoit eu le soing de les faire mourir avant qu'elles tombassent esclaves entre les mains des ennemis, et premier qu'ilz peusscnt faire aU';un oultrage à leur honneur. » Dans Tite-Live (XLIV, x), Sophonisbe dit à l'esclave qui lui apporte le poison de la part de Masinissa : « \ccipio nuptiale munus ; nec ingratuni, si nihil majus vir uïori preestare potuit. » Hypsicratée disait, au même moment, à Mithridate, dans la tragédie de La Calprenède (V, i) :
'oblioie en ce présent !
~- ' '--' "e celle grâce...
Ah ! que votre atnilié m'oblioie en ce pr Oui, tout ce que j'ai fait vaut miiiiis qiii Ce poison jgréiible est la fin de nos peini
2. Respirer, dans ce sens, c'est avoir un moment de repos après quelque épreuve : « A l'arrivée de la reine, la rigueur se ralentit, et les catholiques respirèrent. » (BossuET, Oraison funèbre d Henriette de France.) Voir aussi Phèdre, v. 943.
3. Monirae rappelle avec une mélancolie touchante les paroles qu'au début de la tragédie (I, ii) elle adressait à Xipharès :
Seigneur, voo« me verrez, à moi-même rendue, Percer ce tri>ile cœur qu'on veut tyranniser, El dont jamais encorje n'ai pu disposer.
4. Ici commence un morceau d'un pathétique contenu, admirable dans sa simplicité. Schiller .s'en est évidemment souvenu, lorsqu'au dernier acte de sa Marie Stuart (scène vi) il nous montre la reine adressant à ses femmes ses derniers adieux; la pensée est la même, et quelquefois aussi le tour de la phrase : « Pourquoi gémissez- vous? pourquoi ces pleurs ? Ne devez-vous pas plutôt vous réjouir avec moi de ce que le terme de mes souffrances approche, de ce que mes liens sont brisés, de ce que ma prison est ouverte, de re que mon âme affran^'hie va s'envoler sur les ailes dos anges vers l'éternelle liberté? Quand j'étais en la puissance d'une orgueilleuse ennemie, quand j'endurais des outrages indignes de la majesté royale, ah! c'était alors qu'il fallait pleurer sur moi ! \.' 'îiort bienfaisante et salutaire vient à moi comme un sévère ami, et sous l'abri dC ses sombres ailes je n'ai plus d'affronts à redouter... Ah! que ne puis-je avant ma mort avoir le bonheur de presser dans mes bras quelqu'ua de ceux auxquels je tiens par les liens chéris du sang! Mais il me faut mourir au milieu d'une terre étrangère, et je verrai seulement couler vos larmes. Melvil. je confie a votre cœur fidèle mes derniers vœux pour les miens. Je bénis le roi très chrétien mon beau-frère, et toute la maison royale de France. » (Trad. de Barantc.)
2 7 4 MITHRIDATE
De cet heureux moment ne trouble point les charmes.
Si tu m'aimais, Phsedime, il fallait me pleurer 1525
Quand d'un titre funeste on me vint honorer*,
Et lorsque m'arrachant du douv sein delà Grèce,
Dans ce climat barbare on traîna ta maîtresse -.
Retourne maintenant chez ces peuples heureux ;
Et si mon nom encor s'est conservé chez eux, 1530
Dis-leur ce que tu vois ; et de toute ma gloire,
Phaedime, conte-leur la malheureuse histoire.
Et toi, qui de ce cœur, dont tu fus adoré,
Par un jaloux destin fus toujours séparé ",
Héros, avec qui, même en terminant ma vie, 1535
Je n'ose en un tombeau demander d'être unie,
Reçois ce sacrifice ; et puisse, en ce moment,
Ce poison expier le sang de mon amant *!