‹ Théâtre completChapitre 467 sur 592 · AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ULYSSE

AGAMEMNON

Juste ciel, c'est ainsi qu'assurant ta vengeance,

Tu romps tous les ressorts de ma vaine prudence^.

Encor si je pouvais, libre dans mon malheur,

1. Cette joie de l'armée forme un heureux contraste avec le désespoir d'Agamemnon. Racine ici abrège Euripide (v. 425-434 et 439) :

A 1-5)^5 (f^|iT|, T^cCCSa (TYiv àçifHÉvriv nà; 5' £ç ô^'av o[*i^oç eçjreTat ^pd(xw Etiv r.atS' S-io; fîwfriv. Oi S' iiSa.vj.ovt, 'Ev Tcafft y').£tvo\ •/.a.\ irsçiSXeuToi PpotoTç.

"H Toôov É'/oiv 6uYaTfb; 'Aiani\i.vti>v oiva;

'E-/d}Xt(T£ TZaïSoL ; » twv 5' av r/^ojrra^ tÛ'Îe'

« 'Aoxî\l:Si T.^o'Zikî^o-jai "cr.v VEtivi^a,

AiXlào; àvàffiTïi- Tl; viv â^£xat -ote ; " x. t. )

ttSç Y"'? ■'<'^' 'î**' l^axàçtov Tîi TafOi'vu. 2 'I^iYt'vtia, V. 440-441 :

'Etiîjvcii', àXXà irceT/E JunàTuv Êffui-

Ta S' a).V, lojirriç Tîjç tJ/t,;, ÉV-rai xaXSç. 3. •latYivEio, V. 442 et 446-463 :

Oi'noi, il 5<ù 5ÙTtnvo;; Sj^oiiai -o9ev ; x. T. À

'H Sua-(i'Jiia S' w; e/eî ti 7pr,'7i[JL0v.

Ka\ "|àç 5a-/çû(Tai ^a^tu; a-JToTç É'/Et,

"A^ravxâ i' e'-eïv tÇ 5è YEvvatw çûtriv

'AvoXêa zav-.a.- rfoatàTTiv Ji toû piou

TÔV SfYOV É'/OjJlcV, tÇ i' 0/'Aii) 5(J'j).EJGli£V.

Tb jATi Jaxfûffai S' au6i; a'.5oûiiai Tà).a;, 'Ei *«; ;jL£Yi(TTa; ffUjAçopà; àçiY;A£vo;.

Ennius avait traduit la tragédie d'Euripide ; voici un des fragments de soo œuvre :

l'iebes in hue re„'i aiitistal loco : lùet Lacrumdre piebui, régi honeste son licet.

37 0 IPEIGÉNIE.

Par des larmes au moins soulager ma douleur !

Triste destin des rois ! Esclaves que nous sommes 365

Et des rigueurs du sort et des discours des hommes,

Nous nous voyons sans cesse assiégés de témoins,

Et les plus malheureux' osent pleurer le moins *.

ULYSSE

Je suis père, Soigneur. Et faible comme un antre,

Mon cœur se met sans peine en la place du vôtre; 370

Et, frémissant du coup qui vous fait soupirer,

Loin de blâmer vos pleurs, je suis prêt de pleurer *.

Mais votre amour n'a plus d'excuse légitime :

Les Dieux ont à Calchas amené leur victime *.

Il le sait, il l'attend ; et,s'il la voit tarder, 375

Lui-môme à haute voix viendra la demander.

Nous sommes seuls encor: hâtez-vous de répandre

Des pleurs que vous arrache un intérêt si tendre.

Pleurez ce sang, pleurez ; ou plutôt, sans pâlir,

Considérez l'honneur qui doit en rejaillir. 380

Voyez tout l'Hellespont blanchissant sous nos rames,

Et la perfide Troie abandonnée aux flammes.

Ses peuples dans vos fers, Priam à vos genoux,

Hélène par vos mains rendue à son époux.

Voyez de vos vaisseaux les poupes couronnées * 385

1. L'année même où Racine faisait applaudir Iphigénie, Trarlon débutait au théâtre avec Pirame et Tishé. Dans cette tragédie, la reine Amcstris disait à son bis Belus, dont elle désirait garder le trône {III, iv) :

Que TOUS connaissez mal le poids du diadème!

Pour ëlre à tout le momie, on n'est plus à sui-nièii.e ;

On se voit ébloui de son trop de splendeur.

On se sent accablé'sonssa propre grandeur;

Et dan^ ce rani; pompeui, le chagrin qui noii-s bra^e,

Du niaitre de la terre en «ait faire l'esclave 1 La Plièdre de Racine dira (IV, vi) :

Encor d:ins mon malheur de Irop près observée,

Je n'osiis dins mes pleurs me nojer à loisir;

Je coûtais en tremblant ce funesie' plaisir ;

Et. scius un front serein déguisant mes aiar:nes,

11 lallail bien souvent me priver de me» I. innés, r.otrou disait dans son Iphigénie (11, m) :

C'est un doux privilège à la basse fortune.

Que de pouvoir pleurer quand le sort impoitunt.

Et c'est un Iriste effet de ma eondilion

Qu'interdire la plainte à mon afflictioo.

2 rorneille avait dit [Horace, III, v) :

Loin de blâmer les pleurs que je vous vois répniidre, Je crois faire beaucoup de pouvoir m'en défendre.

3. riysse retourne contre Agamemnon l'argument que ce prince lui apportait tout à l'heure.

4. 11 parait que ce n'était pas encore l'usage de couroDDer les poupes des vaisseaux, et que Racine a fait ici un anachronisme.

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