‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 2 sur 64 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, SAZY

5A2rY, entrant brusquement

Non. mais je vous en prie, ne vous gênez donc pas pour moi. Ahl ça, qu'est-ce qui se permet de pareilles mcongruités dans mon salon, en mon absence? Fanny, parbleu I C'est égal, lu pourrais faire ça chez toi, ma chérie. Et l'autre, le complice? Oh! ça, par exemple, c'est énorme. Toi, Riquet! Mais, je te croyais à cent lieues de Paris, mon gros... au diable... mort... Eh bien, qu'est-ce que tu attends pour m'embrasser, imbécile... Est-ce que je ne vaux pas cette Fanny?

FANNY Mca petits, je repasserai, je vous laisse e^ser.

C'eôt ça, vîeos souper ce soir; on sera entre copains; on s'amusera.

Cttt fin mon honneur, ç% vmptf}

SAZY

Si ç* PQUi te f^ire j^Ui'if t j^ te !• didi^.

SANTIERNE

A]ors* ma chère Fanny» à ce soir...

. ' Il embrassa Fawi^.

SAZY

Encore I

SANTIERNE

Toujours. (Bas, à Fanni;.) C'est toujours un repas d'assuré.

SAZY

A ce soîr, sans faute.

FANNY

Elntendu.

Elh sort

SCËNE ///

SANTIERNE. SAZY,

SAZY

Ahl ça par exemple, pour une surprise, cest une surprise* Tu ne pouvais pas me prévenir, dis, misérable? m'ccrire un petit mot> Et si j'avais eu une attaque de nerfs en te revenant?

^^—■WW — —a >■ — — ^« ■<■!>■ >— » • «— ^«ai iiaMiÉiaiiBawmaMi^MiMM^* •

'••• iB^i ■!■>■■■ ■<■—!• ■— ■■•■i»B>fc— • • Va^«»*«*« *

SANTIERNE

Tais-toi ; tu me fais mourir de remords.

SAZY

Approche un peu de la fenêtre qu*on voie ta tête. Ohl fatiguée 1 Tu as fais des excès, ces temps derniers, mon coco; tu es imprudent, tu sais!

SANTIERNE

Ahl si je n'étais qu'imprudent! mais Je suis en plus d'une gourderie incroyable. Tiens, je vais te faire tout de suite un aveu plutôt pénible. Devine un peu ce que je possède sur moi en ce moment pour tout avoir, et encore, c'est du dû!

SAZY, riant

Oh! du dû! ça sonne bien!

SANTIERNE

Non, ne cherche pas, tu ne trouverais pas. C'est disqualifiant; dix-sept francs quarante-cinq! et je dois six jours de repas et de repos à l'hôtel Terminus; car je n'ai plus k plus léger chez moi; l'hôtel Terminus!. c'est bien l'hôtel de ma situation sans issue. Terminus? {îl fait le geste de se tuer,) Non! d*abord, c'est malpropre! puis c'est bête! Je vaux mieux que cette fin-là tout de même, pas, ma Sazy?

SAZY, ahurie Non? vrai? tu en es là?

SANTIERNE

Aussi vrai qu'invraisemblable! Je viens de laisser à Biarritz mes trois derniers billets de mille, mais, tu sais, les vrais derniers. Aujourd'hui je suis nettoyé, passé au papiei dô verre.

SAZY

Malheureux! mais alors?

SANTIERNE, Wanquillemeni Alors, rien.

SAZY

Sapristi I {Avec vivacité.) Dis donc, veux-tu preindre un machin quelconque avec du soda? Tu dois avoir soif...

SANTIERNE

Merci... pas encore... dans quelques jours, je ne dis pas... J'aurai même probablement faim aussi.

Pauvre choul

SANTIERNE

Pauvre chou-blanc I

SAZYt sincère

Ohl Ça me fait une peine ce que tu viens de m^apprendre! J'étais si loin de m* imaginer que je te retrouverais ainsi. Ohl mon pauvre Riquet, mon vieux SansanI Veux-tu m'embrasser, dis?

SANTIERNE

Tu le demandes?

SAZY

Si ça ne te fait pas de bien, ça ne pourra toujours pas te faire de mal.

SANTIERNE

Evidemment; mais ça me fera du bien, tu peux en être sûre. (/{ Vembrassc) J'ai toujours eu une grande tendresse pour toi.

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SAZY

C'est vrai ça, cochon?

SANTIERNE C est la vérité pure.

Qu'est-ce qui te demande de la pureté? Allons, console-toi tant que tu pourras, pauvre vieux. (Il V embrasse) Bien. Maintenant, sonne donc deux coups, veux-tu, qu'on me débarrasse de ces choses; nous avons à causer et sérieusement. {Entre Manette, Sazjf lui fait signe de prendre son chapeau et son manteau; à Manette.) Il n'est venu personne pour moi. Manette?

MANETTE

Personne encore, madame.

SAZY

Pas même monsieur des Bomettes?

MANETTE

Pas même.

SAZY

C'est curieux. Quelle heure est-il d<»ic?

MANETTE Trois heures et demie.

SAZY

Le vicomte se dérange. [Plus bas,) Et... pas de petit bleu?

MANETTE, mime jeu

pas le moindre» madame.

SAZY

C*t8t bien» va.

SANTIERNE, apris la $oriie de Manette

Peste I

SAZY Tu dii?

SA^fTIERNB

Je aïs: Peste I C*est une façon d*expriffler nion adfni* ration pour ta femme de chambre.

SAZY, indiffértnit Oui» elle est gentille.

SANTIERNE

Mieux*

SAZY

C'est-à-dire?

SANTIERNE

Pis.

SAZY, s*asse}^ant Je croyais que nous avions à causer sérieusement

SANTIERNE C'est vrai.

SAZY Tu l'oubliais?

SANTIERNE

Je m'entraînais à l'oublier.

SAZY

Voyons, dis-moi un peu ce que tu comptes faire désormais. {Sant terne dessine avec son doigt des points d* interrogation,) Oui, tu n'en sais rien; mais alors, qu'estce que tu es venu ficher à Paris*

SANTIERNE J« suit rvoL voir v«mr.

C'est un joli sport. Tu as fait la tournée des amis, bien entendu?

Evidemment; on commence toujours par là.

SAZY

Tu as tapi tous les tapables?

SANTIERNE Tous. Ils n'étaient pas légion.

SAZV

Et tu finis par moi...

SANTIERNE. vivemcnt

Ohl tu as une bien mauvaise opinion de moi* ma pauvre Sazy. Ma foi, non, je ne viens pas t'estamper; ça me dégoûterait; j'aurais l'impression de te reprendre aujourd'hui ce que tu as bien Voulu accepter autrefois... ce serait du joli... d'ailleurs, ça ne serait pas une solution.

SAZY

Mais alors, mon pauvre petit Riquet, qu'est-ce que je peux faire pour toi ?

SANTIERNE

Eh! tout juste me donner un conseil; tâche qu'il soit bon.

SAZY

Sapristi ! Ça n'est pas cotmnode avec un type dans ton genre. Tu oc veux évidemment pas traVAilW?

n y a plaisir à causer areC toî«

SAZY

Voyons... tu pourrais entrer à la Bourse.

SANTIERNE

Tu en as de bonnes... M'intéresser aux rentes des autres I Qu*on me rende les miennes* d'abord.

SAZY C'est bien, passons. Tu es intelligent.

SANTIERNE J'ai la sottise de le croire.

SAZY

Le fait est que tu es très orgueilleux.

SANTIERNE

Heureusement! Dans ma débâcle, j'ai encore quelque chose à sauver : l'opinion que j'ai de moi-même; ça peut m'épargner bien des défaillances.

SAZY

Tu es assez instruit.

SANTIERNE Je sais quelques petites choses.

SAZY

Tu pourra» faire un excellent journaliste.

SANTIERNE

Je pourrais, si je voulais... mais j« ne veux pas^

SAZY

Pourquoi?

SANTIERNE

J*ai trop d'amis dans ce milîeu-là. C'est te dire que je n'y ai aucune espèce d'avenir.

SAZY

Alors, mon chéri, puisque tu ne veux entrer ni dans une administration, ni dans un bureau, ^ni dans un journal, ni à la Bourse, je ne vois plus guère pour toi qu'un parti à prendre et il n'est pas gai.

SANTIERNE

Lequel?

SAZY, riant

Entre en condition.

SANTIERNE, légèrement choqué

Je t'en prie!

SAZY, même ;eu

La plume te déplaît; le plumeau te conviendra peut-être davantage.

SANTIERNE, bon enfant Ça m'ennuierait déjà moins, en effet.

SAZY, même jeu

Sans compter qu'avec tes relations et tes dons naturels tu aurais évidemment un fort bel avenir parmi les gens de maison.

SANTIERNE, souriant

Eh! mais! Cette perspective ne manque pas d'agrément. Tu as l'air de rire; mais quand j'étais nabab, j'ai souvent pensé que, si je n'étais pas moi, c'est encore mon valet de chambre que j'aimerais le mieipc être*

$AZY. après an temps très long Tu t)&rlts iérieusem«iit?

8ANTIERNE

Oui, ma chère. II ne me déplairait pas autrement de renouveler Figaro et de montrer à mes contemporains un valet que beaucoup de maîtres seraient loin de valoir. Ma foi, j'ai des précédents qui ne sont pas dans un sac à Scapin; quand il n'y aurait que Jean-Jacques! Parole I ton idée me sourit... trouve-moi un maître. , Un maître! Voyons, tu n'as pas ça dans tes amants et connaissances?

SAZY

Eh! comme tu y vas! laisse-moi réfléchir; laisse-moi respirer! Je ne croyais pas que tu prendrais au sérieux une pareille proposition! Voilà que tu te précipites dessus maintenant. Ça jette un léger trouble dans mes idées...

SANTIERNE

Remets^tôi. — Voyons, le seigneur... Gorgeron eet pourvu?

SAZY

Dame! il ne t'a pas attendu, tu penses bien.

Je pense bien. — Et l'autre, le jeune des Bomettes, l'espoir?

SAZY

Ah ça! tu les connais donc tous?

SANTIERNE

Tu sàid, oii ns cache rien à l'office. Il n'y « pai de femme hoimâte pour sa femme de chambre.

8AZY, résolument

RSquet, tiens-toi bien; je vais te faire une proposition ébouriffante, énorme. Veux-tu que je t'attacha à ma pef^ eonne?

SANTIERNE

Tu plaisantes?

Pas plus que toi. Si tu veux sérieusement faire cette dernière folie, c*est sérieusement que je te propose de (a faire ici, à huis-clos; ça te compromettra moins par la suite. — Veux-tu être ici quelque chose comme n^on intendant? Tu auras François et Dominique, le valet de chambre et le maître d'hôtel sous tes ordres. Tu prendras tes repas où tu voudras quand j*aurai mes gens sérieux, et tu dîneras avec moi quand je serai libre ou avec des amis; tu seras, si tu veux, mon homme de compagnie. Ça te sourit-il?

SANTIERNE. gaîment

Si ça me sourit? La voilà bien la situation exceptionnelle que je me souhaitais... Ton homme de compa**. gniel mais je vais finir avec un ventre et des bajoues I

SA2Y, riani

Ahl non! ce que je trouve cela rigolo! Sansan, le petit Sansan que j'ai connu à Chatou, et aimé, ma foi — mais oui, tu sais, je ne blague pas, je t'ai aimé — Riquet, chargé de veiller à ce qu'on n'abîme pas les meubles dont il m'a fait cadeau en des temps meilleurs!... Car c'est toi qui m'as meublée et installée ici, avenue de Messine. Tu t'en souviens?

SANTIERNE, galant H y a des notes qu'on n'oublie pas.

SAZY

Mon Dieu! que ça va m'amuser! — Tu sai», tu as eu une vraîe îdée de venir frapper à cette porte dont tu avais la clé autrefois. Tiens, embrasse-moî encore pour cette bonne pensée; mais embrasse-moi donc mieux que ça, grand serin, avant que ça ne te soit plus permis. Parce que tu sais, une fois entré en fonction...

SANTIERNE, après Vovoir embrassée

Evidemment. Du jour, où je serai à tes gages, tu vas me devenir aussi interdite qu'une carmélite; sinon, grands dieux, de quel pain m*iraîs-je nourrir là, madame?

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