‹ theatre complet les amants de sazyChapitre 25 sur 64 · SCENE VU · texte numérisé non relu

SCENE VU

SANTIERNE. puis GORGERON et DES BORNETTES, arrivant par le fond, à gauche

SANTIERNE, seul

Ainsi font... Ainsi font... trois petits tours et puis s'en vont... Les autres, maintenaat.

<«PRG£RON

Seul, Santierae?

SANTIERNE Comme vous voyez! Ces dames .sont sorties.

DES SORNETTES, novré

Sorties?

SANTIERNE

Bonjour, cher Monsieur des Bornettes.

DES SORNETTES, furieux

Bonjour! — Sorties! C'est de votre faute, Gorgeron. Je mourais d'envie de faire cette promenade avec elles; c*est à cause de vous que je la manque! vous l'auriez fait exprès que...

GORGERON

Comme vous êtes injuste! Ah! les gens amoureux! Voyons, Santierne, me croyez-vous capable d'un tel Qiachiavélisme?

SANTIERNE

Eh! Eh! qu'est-ce que vous avez donc fait à ce pauvre Jack? Tout à l'heure, je l'ai trouvé en larmes. Il ne peut plus vous voir en peinture.

GORGERON

Oh! Je lui ai donné une petite leçon bien anodine pour lui apprendre la valeur sociale de Thypocrisie.

DES SORNETTES, concluant

Enfin, vous savez, je ne vous tiens pas quitte de cette petite fourberie; je vous revaudrai cela à l'occasion!

GORGERON, avec une voix comiquement attristée

.Vous voulez vous venger du pauvre vieux Gorgeron! Mauvaise affaire, croyez-moi; vous payer sa tête, à la bonne heure! mais vous venger! Comme à l'Ambigu!

Tenez, moil cst-ee que j« me venge de vos içauvaises pensées à mon égard) Pas si bétel je me contente de me divertir à vos dépens.

DES BORNETTES, sèchement A mes dépens? Je ne me croyais pas si comique!

GORGERON

Eh I mon cher! tous les cocus le sont.

DES BORNETTES» ovec une amertume comique

J<5 croyais vraiment avoir de bonnes raisons» des raisons excellentes» pour ne pas pouvoir l'çtre.

GORGERON

C'est ce qui vous trompe. Vous l'êtes au moins aU' tant que moi. Voyez-vous, mon petit, il n'y a pas que les fenunes qui nous fassent cocus; les .événements aussi, quand ils se paient nos têtes comme nos maîtresses et nous fichent dedans avec le même air de ne pas y toucher. Que je vive vingt ans encore — c'est peu probable, mais c'est possible, après tout — et bien! c'est vous, des Bornettes, que pendant tout ce temps-là je ferai cocu. Adoptez donc ma philosophie placide et prenez uns bonne fois le parti de chercher partout des sujets de joie, même et surtout dans vos propres mésaventures. C'est le seul moyen que j'aie trouvé jusqu'à ce jour de ne pas souffrir des miennes.

SANTIERNE

Topez là, monsieur Gorgeron. Voilà une façon d'entendre la vie qui n'est pas pour me déplaire.

GORGERON

A la bonne heure ! Voulez^vous parier, Santieme, que ce jeune homme se dit, en m'examinant : « Cause, mon

vieux; je sais ce que tu as dans le rentre; ça n'est pas le Pérou; tu n*en as plus pour longtemps... » Comme il est jeune, hein. Santiérnel II ne se doute pas à quel point le désir de s*amuser aux dépens du voisin conserve.

DES SORNETTES

Vous êtes charmant. Monsieur Gorgeron. Il y a un agrément véritable à causer avec vous.

GORGERON

Agrément, peut-être, mais profit, assurément! D'ailleurs, mon cher... présomptif, j'ai aussi de la sympathie pour vous. Je sais si bien les joies qui vous sont réservées !

DES BORNETTLS

Et moi donc!

GORGERON

Eh! Vous vous vantez! Vous ne vous en faites, vous, qu'une idée lointaine... très lointaine... Il faudrait d'abord commencer par ne pas prendre Sazy au sérieux. {A Santierne.) N'est-ce pas?

Saniierne approuve de la /e/c«

DES SORNETTES, ahuri Hein!

GORGERON

Ah çà! est-ce que vous vous imaginez que j'aim«; Sazy par hasard? ou qu'elle m'aime? Nenni. Elle 'et moi, nous ne pouvons pas nous sentir. Aussi ne pouvonsnous pas nous passer l'un de l'autre; nous nous sommes fait trop de mal pour ne pas nous être indispensables!

DES SORNETTES

Vous en avez dWcellenlei I Mais m vous n'aviez pets quslquefois — rarwnent -^ des oonqTensatioiw, vous ne

seriez pas assez bête pour mener ici la vie que vous menez et me disputer si âprement le plaisir — coûteux — d*être l'amant de cette extraordinaire Sa;^.

GORGERON, riant

Des compensations! Non» mais regardez-moi, des Bomettes. Ce serait entrer dans votre jeu et sortir du mien, qui est de vous faire... poireauter le plus long^ temps possible. {A Santieme.) Enfin, un jour viendr-'i où... il triomphera tout de même. Du moins les probabilités sont pour lui. {A des Bomettes,) Désirez-vous savoir alors ce qui se passera?

DES BORNETTES

Allez-y ; ça vous fait tant de plaisir de faire le malio sur mon dos.

GORGERON

Je vous crois; cette malice-là me coûte vingt ans d^expérience et quelques centaines de mille francs. H faut bien que je rentre dans mes avances.

DES BORNETTES

Nous disons donc que vous me faites l'amitié de disparaître et qu'on n'entend plus parler de vous... Après...

GORGERON

Après? Sazy vous installe à ma place; vous héritez de tous mes honneurs et de toutes mes charges; ça vous va, hein?

DES BORNETTES

Je vous crois!

GORGERON

Eh bien, dès le lendemain, vous vous prendrez en grippe, elle, parce que vous n'aurez à la posséder d'autre droit que votre argent; vous, parce que vous ne la possé-

derez qu*à cause de votre argent. Je le disais tout à l'heure à Jack: l'argent rend méchants ceux qui le possèdent et haineux ceux qui le reçoivent

SANTIERNE

A ce compte Jà, comme je dois être bon!

OORCERON

Ne vous vantez pas, mon cher; vous n'êtes, vous, qu'un Crésus désa£Fecté, voilà tout.

SANTIERNK

Vous avez peut-être raison. Cri«ti! Comme il faut savoir être modeste, même dans la dèche.

DES BORNETTES, ovec douceur

Et si vous étiez simplement ce qu'on appelle une sale nature.

GORGERON

Ma foi non, je ne suis pas plus mauvais qu'un autre; seulement j'en veux malgré moi aux êtres qui font semblant de jn*aimer parce que je paie l'addition.

DES BORNETTES

Enfin, je- ne sais pas si je détesterai jamais votre Sazy, mais je sais que je ne m'embêterai pas quand je pourrai enfin l'aimer tout mon saoul I

GORGERON

Savoir !

DES BORNETTES Tout su!

GORGERON Ouais! A mon sens, vous ne commencerez à vous

amuser... vraiment que beaua>iip plus tard, quand vous aurez eiifin coinprîs de quoi i] retourne. Par exemple...

DES BOSNETTES

Par exemple?...

GORC^RON

Vous verrez comme vous trouverez ça comique, quand on vous contera des histoires de brigands dont vous ne croirez pas un traître mot et Dieu sait s'il y en a des mots traîtres dans ces histoires-là!

DES SORNETTES Par exemple?

CORGERON

Tenez, j*ai commandité récemment dans ces conditions pour la bagatelle de ccot mille francs un petit monsieur qui travaille dans les pneus, et auquel Sazy porte un intérêt tout particulier. Cela m'a fort diverti.

DES BOjRNETTES, viv^nent Qui est ce petit monsieur? Je ne le connais pas.

GORGERON

Vous le CQBiiaîtrez. Pour le moment, permettez-moi de n'en pas dire davantage. Secret professionnel. Mais ne vous désolez pas, mon cher, vous le retrouverez.

DES SORNETTES

A voir!

GORGERON

Tout vu !

DES BORNETTES, le parodiant Ouais!

SANTIERNE

Croyez-moi, mon cher des Bomettes. Loin de vous plaindre, vous devriez remercier le ciel qui vous a mis sur le chemin de monsieur Gorgeron. Vous êtes à bonne école. Tenez, regardez-moi. Je vais tout à Theure me brouiller avec Sazy que j'aime tendrement et depuis longtemps — car je suis votre doyen, messieurs. — Eh ! bien, je hausse doucement des épaules très philosophiques.

DES SORNETTES, joyeusement Comment! il y a de la brouille dans le ménage?

SANTIERNE

Ça vous fait plaisir, hein! Si, si, avouez-le donc. C'est si naturel!

GORGERON, net

Ouais! Et vous croyez que je vais autoriser la rupture! Santieme, vous êtes un des rares esprits de ce temps capables de m'apprécier à ma réelle valeur. Votre approbation m'est devenue nécessaire. J'y tiens.

DES BORNETTES, ironiquement

Vous oubliez que si notre excellent Santieme s'en va, ça ennuiera tout de même beaucoup Sazy; et ça vaut la peine, ça, peut-être...

GORGERON

Sans doute, sans doute; mais comme ça n'ennuierait autant qu'elle, j'y perdrais.

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