SCÈNE IV
LUCIENNE seule, puis HELLOUIN
Lucienne s'est installée sur là chaiht longue et lit quand Hellouin rentre.
HELLOUIN Comment le trouves-tu?
LUCIENNE» sans lever la iêU Agréable.
HELLOUIN
Seulement?
LUCIENNE
Pour la première fois, ce n*est déjà pas si mal. {Un silence.) Tu vas encore fumer?
HELLOUIN Jt croyais que cela ne t'incommodait pas.
Sans doute, mais tout de même, tu ferais bien de sortir un peu. II fait un temps exquis. A propos, est-ce qu'il n'y a pas une vente intéressante, cet après-midi?
HELLOUIN Si, la vente Billaud.
LUCIENNE Tu devrais aller faire un tour rue Drouot.
HELLOUIN Tu me renvoies?
LUCIENNE
Mais non.
HELLOUIN Je te gêne donc?
LUCIENNE
Tu es drôle!
HELLOUIN Enfin, tu ne veux pas que je te tienne comi>agnie?
LUCIENNE Je suis mal disposée, aujourd'hui.
HELLOUIN Tu préfères être seule?
LUCIENNE Oui, je préfère.
C'est bien. Je vais te laisser. (S' approchant) Qu'est-ce que tu as?
LUCIENNE
Je n'ai rien, je t'assure.
HELLOUIN
Parbleu! Je le savais, je connaissais ta réponse. Tu devines pourtant le mal que cela me fait de te sentir si indifférente, si étrangère...
LUCIENNE Jacques I
HELLOUIN, impérieux
Allons, dis-moi ce qui te chagrine en ce moment?...
LUCIENNE Mais... je t'assure... Je n'ai pas de chagrin.
HELLOUIN, avec colère
Vraiment!... Alors, tu es très malade, ma petite Lucienne !
LUCIENNE Peut-être.
HELLOUIN Sûrement! Et, comme j'estime que l'air de Paris ne
CŒUR A CCÉUR 235
te vaut rien et que tu as besoin de repos et d'isolement, je t'annonce...
LUCIENNE, vivement Non, pas cela, pas cela. Je ne veu3Ç pas partir.
HELLOUIN
Tu ne veux pas partir? Tu as donc des raisons de rester? Lesquelles? Voyons, lesquelles?
LUCIENNE
Je ne suis pats assez forte pour supporter, en ce moment, les fatigues d'un déplacement.
HELLOUIN Soit. Nous irons tout près de Paris.
LUCIENNE Non. Pas même. Je ne le supporterais pas, je le sens.
HELLOUIN Et si j'exige que tu essayes au moins?
LUCIENNE
Tu aurais tort. Ce sers^it mal de ta part, puisque... je te dis...
HELLOUIN, durement Ah! tout ce que tu me dis...
LUCIENNE, avec inquiétude Qu'as-tu donc?
HELLOUIN Ri«n. (// ae reprend,) Alors, je te laisse?
iàé càuftACŒUR
LUCIENNE, très doucement
Je t'en pria!
HEIXOUIN
Cest bien. {Très près, profondément.) Tu me fais beaucoup de peine.
LUCIENNE, émue Jacques !
HELLOUIN, grave Beaucoup de peine.
Il sort lentement. Lucienne écoute^ ferme son livre, se Zèvc, va à la fenêtre, regarde Jacques s*éloigner et tout à coup s*approche du secrétaire quelle ouvre fébrilement. Elle en tire un coffret dont la clef est cachée dans son corsage. Elle V ouvre, après s* être assise sur le pouf, et TovoiV placé sur ses genoux. Elle regarde d*abord des portraits, puis déplie des lettres quelle se met à lire douloureusement De temps à autre elle répète machinalement des mots. « Toute ma vie! ma vie entière! » Levant les })eux au ciel, a Sa vie! » On sorme. Elle remet les lettres et les photographies dans le coffret, sans le fermer, le replace dans le secrétaire en laissant la clef dans la serrure, et reprend son livre après s* être à nouveau étendue sur la chaise longue.
LOUIS, annonçant Monsieur et madame Morain.
LUCIENNE Qu'ik fntrentl
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