SCÈNE VII LE COMTE, DON PÈDRE
LE COMTE
Ma visite imprévue Vous surprend.
D. PÈDRE
Il est vrai que vous me surprenez.
Vous me rendez visite et vous m'emprisonnez. Venez-vous empirer le sort d'un misérable? Vous repaître les yeux du malheur qui m'accable ? Insulter au captif, sans défense et sans mains ? Comte, ces sentiments sont bas, sont inhumains. Et je vous aurais cru d'âme trop généreuse, Pour vous venger de moi par une voie honteuse, De moi, qui me vois pris pour vous avoir cherché I
LE COMTE
Cessez d'expliquer mal ce qui vous est caché. Vous sortirez demain, n'ayant point de partie. Et nous nous chercherons après votre sortie.
D. PÈDRE
Et qui me fait sortir?
LE COMTE
Moi, que vous blâmez tant.
D. PÈDRE
C'est vous qui me rendez ce service important ?
LE COMTE
C'est moi-même, et qui viens, afin que rien n'y manque. D'affirmer qu'un des miens vous vit à Salamanque, Le jour que don Louis fut tué par vos mains.
114 L'ECOLIER DE SÂLÂMANQUE.
Ces sentiments sont-ils fort bas, fort inhumains? Et savons-nous aussi porter loin la bravoure?
D. PBDRE.
0 Dieul sera-ce à moi d'avoir toujours à coure! Mais ennemi que j^aime et qu'il faudra pourtant Que je perde, ou périr moi-même en combattant? Si vous me délivrez, est-ce qu'il vous importe Que ce soit tout à l'heure, ou demain que je sorte?
LE COMTE
Il m'importerait peu que ce fût à l'instant. Si ce n'est qu'à ma gloire il est fort important, Quand vous serez sorti, de vous chercner moi-môme; Et cependant il faut par un malheur extrême, Que le reste du jour, quand vous me chercheriez, Je me cache où jamais vous ne me trouveriez. Quelle hâte avez-vous de sortir tout à l'heure ? Attendez à demain.
D m'importe, ou je meure.
LE COMTE
Faisons donc quelque trêve.
D. PÈDRE
Oui, donnez-moi la main.
Mais à condition qu'elle cesse demain.
LE COMTE
Il faut, querelle à part, que de mes bras j'embrasse Mon plus grand ennemi, quelque mal qu il me fasse.
- D. PÉDRE.
Faut-il en même temps vous aimer, vous haïr? Mais, mon père...