‹ Théatre completChapitre 120 sur 407 · ACTE V, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VII

Quand tout le monde entier prendrait parti pour toi,

La chose dépendrait encor toute de moi.

Mais de puissants motifs en ta faveur combattent,

Et les fiers sentiments de mon âme s'abattent.

Je connais ton mérite et sais ta qualité,

Et tu sauras aussi ma générosité.

Je ne refuse plus d'épouser Léonore :

Mais d'un frère perdu la douleur dure encore.

Triste et couvert de deuil sous l'hymen m'engager!

Épouser une sœur! d'un frère se venger!

Sont-ce des actions qui s'accordent ensemble?

Il faut les accorder, si l'hymen nous assemble,

11 faut haïr le frère, il faut aimer la sœur.

Il faut croire l'amour, il faut croire l'honneur,

La raison veut aussi que je vous satisfasse.

D. PÉDRË.

A cet honneur insigne ajoutez une grâce ; Peut-être ignorez-vous que j'aime votre sœur Avec tous les respects, avecque tout l'honneur Qu'elle peut exiger d'un esclave fidèle : Elle sait les tourments que j'ai soufferts pour elle. Et que pour son sujet le destin a permis, Le funeste accident gui nous rend ennemis : Le ciel me soit témoin, que défendant ma vie, Quand sans votre secours elle m'était ravie, Si j'eusse reconnu l'auteur d'un tel dessein, J'eusse à son fer cent fois laissa percer mon sein, Ou peut-être cherché mon salut en ma fuite, Plutôt que repousser son ardente poursuite. Je me vis attaquer d'un jeune homme en fureur, Et comme il me pressait avec plus de vigueur Que les lâches poltrons que nous mîmes en fuite. Jugez où ma valeur se trouva lors réduite. J'avais à me défendre, ou j'avais à mourir. Prêt de périr moi-même, ou de faire périr. Il est plus naturel de choisir l'un que l'autre. Et c'est comme arriva mon malheur et le vôtre. Mais, monsieur, me donnant Cassandre, cet honneur D'un ennemi vous fait un frère, un serviteur.

LE COMTE

Vous aimez donc ma sœur, don Pèdre ?

D. PÈDRE

Je l'adore.

LE COMTE

Elle est à vous, et moi je suis à Léonore.

1V8 L*éCOLIER DE SALAMANQUE.

LéONORE.

Mon père, pardonnez.

O. FÉLIX

Tout n*a que bien été, Hasardant votre honneur vous l'avez augmenté.

LE COMTE , à don Félix.

Allons chez vous, monsieur, car un logis funèbre N'admet point d'action si gaie et si célèbre, Que celle dont un jour nos illustres neveux. Si la bonté du ciel en accorde à nos vœux, Auront à se vanter chez les races futures. Tant de nos procédés et de nos aventures, Que de l'état neureux où l'amour nous amis. Nous faisant appeler généreux ennemis.

CRISPJN.

Béatrix de mon cœur.

BÉATRIX

Cher Crispin de mon âme.

CRISPIN

De ces heureux amants faisons l'épi thalame.

BÉATRIX

J'en suis : souhaitons-leur des filles et des fils De l'humeur de Crispin.

CRISPIN

Ou bien de Béatrix.

FIN DE l'écolier DE SALAMANQDE.

OU

Page 1