ACTE II, SCENE II
Qu^elle tombe et te tue^ eh I que m'importe à moi ? Giribi, etc.
D. DIÉGUE.
Oh! oh! c'est Filîpin. Eh bien! quelles nouvelles?
FÎLIPIN.
Desquelles voulez-vous, dites-le-moi, desquelles? Car j'en ai pour pleurer et pour ne pleurer pas : J'apporte de l'argent et j'annonce un trépas.
D. DIÉGUE.
Dis-nous donc ce que c'est.
FILIPIN.
Je veux qu'on le devine, Ou je ne dirai rien.
Ce laquais a la mine De se faire un peu battre.
FIUPIN.
Et devant que parler, Je veux savoir où peut ma récompense aller; Et si, je veux de plus, outre ma récompense, Que votre seigneurie augmente ma dépense.
D. DIÉGUE.
Eh bien, cela vaut fait, dis donc succinctement.
FILIPIN.
Ge n'est pas là mon compte : il faut absolument Que je parle beaucoup, ou bien que je me taise.
D. DIÈGUfi.
Parle ton saoul.
De plus, je demande une chaîsCi
D. DIÉGUE.
Prends-en une.
FILIPIN*
Et de plus, quand j'aurai commencé^ Si quelqu'un m'interrompt, je veux être offensé, Et qu'on ait là-dessus à me bien satisfaire.
D; DIÉGUE;
Et qui t'interrompra?
FILIPIN é
Ce vieux gobe-clystère, Cet écuyer que Dieu confonde, et qui se rit De tout ce que je dis, et fait du bon esprit;
D. DIÉGUE.
Je te réponds de tout ; conîmiénce donc-
FILIPIN.
A d'autres :
Vous transgressez déjà les conditions nôtres. Ne vous ai-je pas dit, et vous le savez bien, Que vous devinassiez? et vous n'en faites rien.
D. DIÈGUË.
Et si je devinais, qu'aurais-tu plus à dire? Sais-tu bien, gros faquin, que je suis Jas de rire. Et si tu fais le sot, qu'à grands coups de bâton...
Ohl oh! je vous croyais aussi doux qu'un mouton. Eh! que diable vous sert d'avoir lu la morale? Vous vous fâchez pour rien et vous devenez pâle. Eh bien, n'en parlons plus : je parle, écoutez-moi.
Je ne t'écoute point : je le saurai sans toi.
FILIPIN.
Vous ne m'écoutez point? De grâce, à la pareille, Monsieur, accordez-moi l'honneur de votre oreille.
Je veux faire, à mon tour, quelques conditions.
FILIPIN.
Faites : je passe tout, hors les contusions.
Qui diable vous a dit que c'était là mon tendre?
Je ne veux point parler que lorsqu'on veut m'entendre :
Quand on ne le veut plus, j'enrage de parler,
Et maintenant, monsieur, je ne le puis celer.
Si vous me défendez de dire mes nouvelles,
Vous perdrez le phôenix des serviteurs fidèles :
Les discours retenus me pourront suffoquer.
Et d'une mort si sotte on se pourra moquer.
N'y retourne donc plus; parle, je te fais grâce.
Voulez-vous un discours avec une préface. Et tous les ornements que j'y pourrai donner?
Dépêche en peu de mots, et sans tant badiner.
FILIPIN.
Certes, il est bien vrai que jamais la fortune...
Ce beau commencement dès l'abord m'importune.
FILIPIN. .
Je vais changer de style : outre la pension, Monsieur, je vous apporte une succession.