ACTE IV, SCENE V
Foi de parfait Quinola, Notre main n'est pas si téméraire Que de faire A ton nez cet affront-là.
Non, non, je m'en dédis, Je suis ton Amadis, Ma levrette, Ma civette, Ma friquette, Sois douce ou non, Je trouverai tout bon.
FILIPIN.
Êtes-vous là, charmante étoile poussinière, Plus fraîche mille fois que la fleur matinière? Êtes-vous en cornetle ou bien escoffion? Avez-vous entendu votre brave Amphion?
Don Diègue va charger don Juan, et se retire eu son poste.
D. JUAN
Je ne puis plus souffrir.
Demeure, ou je t'assomme.
Roquespiae Ta charger Filipip, et se retire en son poste.
FILIPIN.
Hélas! j'entends du bruit, et si je vois un homme.
ROQUESPINE.
Rends l'épée.
FILIPIN.
Et le casque, et la rondelle aussi.
Mes compagnons sont prêts d'en user tout ainsi. Mais il s enfuit ; courage, il me le faut poursuivre. Pour faire le vaillant.
D. JUAN
Le bon Dieu me délivre D'un dangereux pendard; mais, hélas ! le voilà.
Ah! c'est de moi qu'il parle : alors qu'il s'en alla. Je devais ne bouger, comme un homme bien sage. Si j'étais confessé...
D. JUAN
J'ai trop cru mon courage.
Les voilà dos à dos; ils ne se feront rien.
ROQUESPINE.
Pour faire un homicide ils sont trop gens de bien.
PILIPIN.
Hélas, je suis gâté !
D. JUAN
Malheureuse embuscade !
FILIPIN.
Si jamais à putain je donne sérénade...
L'épée de don Juan se choqae ayec eelle de doa Pedro.
D. JUAN
Je demande la vie.
PILIPIN.
Et moi certes aussi. ^
L'ami, fais rien, fais rien.
Cavalier, (ju'estcecj?
Vous vous entr'assommez !
PILIPIN.
Hélas I tout au contraire, Nous nous entre-sauvons.
Vous ne pouvez mieux faire.
PILIPIN,
Mon cousin, est-ce vous?
D. DIÉGUE.
Moi-môme.
PILIPIN.
Un assassin A bien pensé gâter votre brave cousin; Mais certes la valeur, qui toujours m'accompagne A pied comme à cheval, jour et nuit, en campagne Gomme dedans la rue, a fait doubler le pas A ce larron d'honneur que je ne connais pas. Ahl si je puis voir clair en cette action noire...
D. JUAN
Je vais vous révéler le secret de l'histoire. Certain duc est l'auteur de ce noir attentat. Pour certaines raisons et d'amour et d'état ; Ce bon duc qui n'a pas l'âme des plus g^uerrières. Qui me craint et me hait, et que je n'aime guères. Comme je m'amusais après certain 'concert, A pensé pour le coup que j'étais pris sans vert; Il s'est jeté sur moi, suivi de trois ou quatre; Mais je n'ai pas laissé toutefois de les battre, A l'aide de Monsieur, et sans être blessé; Et c'est de la façon que le tout s'est passé.
AOTB IV, SCENE V. 175
FILIPIN.
Et c'est de la façon que Ton ment par la gorge?
n. DIÈGUJt.
C'est être aussi vaillant, que le Gid, que Saint-Georges.
D. JUAN, il prend à part D. Dièyue.
Vous êtes mon ami, je 3uis homme d'honneur :
Je vous avais parlé tantôt avec chaleur;
Mais j'ai sonçé depuis que la plus douce voie
Est toujours la meilleure, et c est avecqu« joie
Que renonçant pour voua à mon ressentiment,
Suivant votre conseil j'agirai doucement :
Mais vous devez aussi tenir votre promesse,
Et voir, sans y manquer, dès demain ma maîtresse.
Vous savez mon mérite, et vous savez mon bien,
Et comme en l'épousant mon bonheur est le sien.
Que tout le monde m'aime, ou me craint, ou m'estime ;
Et qu'étant Espagnol, je suis ûls légitime
De cette valeur rare, et de tant de vertu?
Dont toujours les héros ont été revêtus.
Je vous en dirais plus; mais vous savez le reste,
Et que tout mon défaut est d'être trop modeste.
Adieu, je vais chercher encore à dégainer,
Gar je n'ai fait, me semble, ici que badiner;
Et si je n'ai fourni matière à funéraille.
Tant que dure la nuit, je ne dors rien qui vaille.
Il s'en Ta.
FILIPIN.
Et moi, si l'on pouvait ne point funérailler, Je ne ferais, ma foi jamais que batailler; Mais parce que combat engendre funéraille. Sitôt que je combats, je ne fais rien qui vaille.
Fera-t-il ce qu'il dit?
ROQUESPINE.
Il ne le fera point.
Le sire a trop grand soin du moule du pourpoint,
n. DIÈOUE.
Oh! que j'étais tenté par quelque estafilade De punir son orgueil et sa fanfaronnade !
FILIPIN.
C'est le plus grand poltron qui...
n. DIÈGUB.
L'est-il plus que toi?
FILIPIN*
Plus que moi mille fois.
D. DIÉGUE.
Sans jurer je le crois.
Or çà, parlons un peu de notre dame Hélène.
FILIPIN.
Nous épousons demain.
Demain !
FILIPIN.
Chose certaine, Nous avons, dès tantôt, ordonné des habits, Des esclaves, carrosse,
Ah ! ce que tu me dis Ne peut s'imaginer.
FILIPIN.
Vous le pouvez bien croire.
Allons, chemin faisant tu m'apprendras l'histoire.