LÉONORE, HÉLÈNE, DON DIÈGUE, DON JUAN
FILIPIN.
Je viens me conjouir avec la belle Hélène.
HÉLÈNE
Ignorant le sujet qui chez moi vous amène. Si c'est pour m'obliger ou pour vous divertir, Je ne sais pas comment je vous dois répartir. De quelle façon donc voulez-vous que j en use?
FILIPIN.
Qui rit à mes dépens, je soutiens qu'il s'abuse, Quatre cent mille fois, quelque chose de plus.
LÉONORE
Les éclaircissements sont ici superflus.
Nous ne venons ici qu'à dessein de vous plaire,
Et de vous obliger.
FILIPIN.
Vous ne pouvez mieux faire.
HELENE
Je n'attendais pas moins de vous : mais pour monsieur?
LBONOBE.
Vous le connaissez mieux çue moi, c'est un rieur, Qui dit d'une façon, et qui pense de l'autre.
D. DlÉGUE.
Madame, vous savez que je fus toujours vôtre 2 Attribuez de grâce au sensible regret De vous avoir perdue, un discours indiscret Dont je viens à vos yeux me châtier moi-mêmCj En laissant voir aux miens ravir celle que J'aime î Car ce n'est rien qu'un rapt que l'hymen inégal De vous et d'un laquais, qui panse mon cheval.
Ah 1 ne blasphémons point.
HÉLÈNE
Vous êtes fou, Mendoce.
D« DlÉGUE.
Vous êtes folle, Hélène^ avecque votre noce.
HÉLÈNE
Don Pèdre, endurez-vous?
FILIPIN.
Je suis un autre fou Qui le nie, a menti par sa gorge, ou son cou.
Vous n'êtes qu'un laquais?
FILIPIN.
Fort à votre service.
HÉLÈNE
Quoi, me jouer ainsi ?
D. DIÉGUE.
C'est vous faire justice.
HÉLÈNE
Ahl qui me vengera, peut espérer de moi Ce que je puis donner.
Ce jie sera pas moi.
HÉLÈNE, à don Diègue.
Indigne de ton ordre et du nom que tu portes, Qui me viens outrager en tant et tant de sortes, Tu prétends te jouer avec impunité D'une femme d'honneur et de ma qualité?
D. DIÉGUE.
Aboyez votre sou, vous ne pouvez me mordre : Vous vous êtes causé vous-même ce désordre. Vous m'avez abusé par un déguisement :
Celui de mon laquais entrepris justement. Au lieu de vous fâcher, doit plutôt vous instruire Qu'il ne faut pas choisir tout ce qu'on voit reluire. Sachez-moi donc bon gré d'un tour qui vous apprend, Qu'à tout esprit qui fourbe, à la fin on le rend. Vous m'avez amusé de vos belles paroles. Vous ne considériez en moi que les pistoles, La pauvreté pour moi vous donna du mépris ; Parce que tous les chats durant la nuit sont gris, A notre Filipin vous vous êtes soumise ; Vous m'avez pris pour dupe, un laquais vous a prise. Le tour était nien lâche, et je vous l'ai rendu : Mais gagner un laquais, ce n'est pas tout perdu.
HÉLÈNE
Ah! je me vengerai d'une pièce si rude.
La vengeance n'est pas l'action d'une prude.
HÉLÈNE
Ahl seigneur don Juan, de grâce, vengez-moi. C'est le prix où je mets mon amour et ma foi.