‹ Théatre completChapitre 172 sur 407 · ACTE II, SCENE IV. 2i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE IV. 2i

D. FÉLIX

Elle y va bien en vain, puisque quand on la prie, Au lieu de la fléchir, on la met en furie, Une plainte l'offense, un soupir lui déplaît, Et toute belle, jeune et parfaite qu'elle est.

BÉATRIX

Ah! mon Dieu, gardez-lui tant de belles fleurettes.

Quant à moi, j'y renonce et j'en ai les mains nettes;

Je ne veux point ouïr les discours d'amoureux,

Ils sont en bonne foi malins et dangereux;

Je pèche assez d'ailleurs sans pécher oar l'oreille.

A propos de pécher, votre vide-bouteille.

Votre grand fainéant, votre chien de valet,

Enfin ce mal-bâti, ce maudit Jodelet,

Depuis deux ou trois jours m'a prise pour une autre.

Je l'aurais bien frotté, si ce n'est qu'il est vôtre :

Il me trouve à son gré, tout ce que j'ai lui plaît;

Mais me plaît-il aussi, le maussade qu'il est ?

Il m'en faut bien un autre et d'une autre fabrique.

C'est un beau marmouset, c'est un bel as de pique ;

Il pense quand la nuit il a guitarisé,

Que j'en ai tout le jour le cœur martyrisé;

A la fin il verra, si vous n'y donnez ordre,

Que j'égratigne bien et que je sais bien mordre.

Il me va tourmentant de ses affections ;

Il me va proposant des fornications ;

Et pour qui me prend-il? Ah! par ma foi, j'enrage.

Encor s'il me parlait un peu de mariage.

Dites-lui bien, monsieur, qu'il ne soit plus si fou.

D. FÉLIX

Va, chère Béatrix, je lui romprai le cou.

BÉATRIX

Quelques coups suffiront, et quelque réprimande.

D. FÉLIX

Je l'étrillerai bien.

BÉATRIX

Le bon Dieu vous le rende.

D. FÉLIX

Il faut que je vous quitte, excusez un amant.

D. DIÈGQE.

Vous reviendrez bientôt ?

D. FÉLIX

Dans un petit moment.

BÉATRIX

Venez donc vîtément, sans tant vous faire attendre ; Ma maîtresse tantôt me dira pis que pendre.

Page 1