‹ Théatre completChapitre 211 sur 407 · A MONSIEUR LE COMMANDEUR DE SOUVRÉ · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LE COMMANDEUR DE SOUVRÉ

Monsieur,

Il faudrait que je fusse aussi ingrat que malade, si je ne tous dédiais pas ma comédie ; et aussi fou qu'ingrat, si je prétendais, en irous la dédiant, me dégager assez envers vous des obligations que je vous ai. Je vous paie seulement une petite partie d'une dette dont je ne pourrai jamais m'acquitter, ou plutôt je vous donne une chose à laquelle vous avez déjà grande part, puisque je n'ai pu faire ma comédie que lorsque mes maux m'ont donné quelque relâche, et que c'est vous qui me les avez rendus plus supportables qu'ils n'étaient, en me faisant toujours l'honneur de m'aimer, tout malheureux que je suis ; et ce bonheur-là, dont je ne puis trouver en moi la cause, mais seulement en votre générosité, me coosoïe si bien, que j'ose quelquefois me vanter de rire la plume à la main, comme les plus enjoués et les plus heureux. Je ne doute point que quelques-uns ne disent que ma comédie n'est qu'une farce, et si je me vante de l'avoir faite en trois semaines, qu'il ne se puisse trouver quelque homme triste qui me vienne rompre en visière, en me disant que j'ai écrit bien des sottises eu peu de temps. Mais vous voulez bien. Monsieur, que je me serve de votre nom pour le confondre, et que je lui dise que vous n'êtes pas de ceux qui rient d'ut>e chose froide, ou qui se laissent emporter au rire des autres, et cependant qu'elle "vous a plu à vous, dont l'esprit et la conduite ont paru avec éclat dans quatre ou cinq cours les plus renommées et les plus délicates de l'Europe. Je voudrais bien aussi parier de votre courage, que vous avez exercé si dignement en France, en Italie et dans les mers du Levant. Mais l'histoire de notre temps ne s'en taira pas; et certes elle vous fera grande injustice si, toutes les fois qu'elle parlera de vous, elle ne le fait avec éloge, et si elle épargne rien du lustre qi/elle a accoutumé de donner aux belles actions; toutes les fois qu'elle parlera des vôtres, on nommera les lieux où vous les aurez feûtes. Je ne vous amuserai pas davantage avec mon épître; les meilleures de ce genre sont les plus courtes, parce qu'elles importunent le moins. Je la finirai donc comme on finit toutes les autres, en vous assurant que je suis de toute mon âme,

Monsieur, Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

Sgàrron.

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