‹ Théatre completChapitre 262 sur 407 · SCÈNE III DON JUAN , JODELET , DON LOUIS · texte numérisé non relu

SCÈNE III DON JUAN , JODELET , DON LOUIS

D. JUAN ouvre la porte et en ôte la clef.

Laissons la porte ouverte, et gagnons cette alcôve, Je les entends venir.

JODELET

Mon maître. Dieu me sauve.

Ne fut jamais qu'un traître, il s'en est en allé ; Hélas ! j'en ai quasi le sang tout congelé, Et qui l'eût jamais cru? Peste, il ferme la porte ! Que deviendrai-je donc?

D. LOUIS

Nous pouvons de la sorte Nous battre tout le soûl, si le cœur vous en dit.

Vous me pardonnerez, je n'ai point d'appétit.

D. LOUIS

Que différez-vous donc à venger votre outrage? Je crains votre raison moins que votre courage ; Vous ne me dites mot ? Eh bien î qu'attendons-nous? Ahl vraiment si j'étais offensé comme vous, le vous montrerais bien une autre impatience.

JODELET

Mon maître assurément n'a point de conscience.

D. LOUIS

Que diable cherchez-vous ?

JODELET

Je cherche ma valeur.

D. LOUIS

Al)rès aVoir tantôt montré tant de chaleur, Vous êtes maintcDant, ce semble, un peu tiède. Mais pour vous réchauffer je tiens un bon remède*

JODELET

Ah, bon Dieu ! quelle longue épée à giboyer. Et qui peut seulement la voir sans s'effrayer I

310 JODELET OU LE MAITRK-VALBT.

D. LOUIS

Don Juan est poltron, ou fait semblant de Têtre.

JODELET

Le Seigneur sait loué, je viens de voir mon maître,

Je n'ai plus maintenant qu'à faire le fougueux.

Ma colère est tantôt au point où je la veux ;

Sitôt qu'elle y sera vous verrez faire rage ;

Ah I seigneur, sortez donc, manquez- vous de courage ?

D. JUAN

' Va donc, pour Tamuser, le battre en reculant.

JODELET pousse une estocade sans être en mesure.

Dieu veuille être avec nous !

D. LOUIS

L'effort est violent, Vous vous battez fort bien.

JODELET

Assez bien ; ab^ que n'ai-je Contre les coups d'estoc quelque bon sortilège I Attendez, ah I mon maître, ah I c'est trop me presser Mon épée est faussée, il faut la redresser. N'avez-vous pas tué mon frère sans lumière?

'd. louis.

Oui.

JODELET

Pour vous témoigner que je ne vous crains guère. Je ne veux point avoir d'avantage sur vous. Je veux, sans voir, vous battre et vous rouer de coups. Meurs donc, chandelle, meurs, et nous laisse en ténèbres ; Et vous, allez finir vos passe-temps funèbres. Pour moi, qui suis exact en ce que je promets, Je veux être pendu si l'on m'y prend jamais.

C'est dans l'obscurité que la lumière est belle, Vous ne vous battiez pas si bien à la chandelle, Et vous m'avez blessé, mais je m'en vengerai.

Page 1