‹ Théatre completChapitre 264 sur 407 · ACTE V, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE IV

J'étais jaloux.

D. FERNAND

De qui ?

D. JUAN

De ]ui.

D. LOUIS

De moi ?

D. JUAN

De

vous.

Je vous ai vu

sortir du balcon d'Isabelle.

D. LOUIS

Vous m'en vîtes sortir ?

D. JUAN

Vous-même, et puis chez elJe Je vous ai vu caché ; mais ces jaloux soupçons ?Je ralentirent point mon feu de leurs glaçons : Au contraire il s'accrut aveccjue violence. Lors je me déguisai et gardai le silence, Et ne fus pas longtemps sans rencontrer en vous Un rival dont j'avais sujet d'être jaloux ; Vous n'excitiez alors que ma simple colère, Et n'eusse jamais cru que la mort de mon frère Dût se trouver encore un coup de votre main, Je vous croyais coquet, et non pas inhumain ; Enfin j'ai su depuis qu'une mortelle offense Me devait contre vous porter à la vengeance ; J'ai cru que vous étiez coupable envers ma sœur, J'ai cru que vous étiez son lâche ravisseur. Lors par ressentiment plus que par jalousie, La fureur contre vous m'avait l'âme saisie ; J'ai bientôt préféré, pour vous priver du jour, Les soins de mon honneur à ceux de mon amour ; Quand on souffre en l'honneur, l'amour ne touche guère. Maintenant que je vois que de mon pauvre frère, Que vous avez tué la nuit trop lâchement, Vous m'osez reprocher la mort insolemment; Que pour vous contre moi le ciel avec la terre Et tout le genre humain me déclare la guerre ; Malgré le ciel, la terre et tout le genre humain. Il faut que vous mouriez aujourd'hui par ma main.

D. LOUIS

Ceux qui me connaîtront, sauront bien que la crainte N'est pas ce qui me fait approuver votre plainte ; Quand vous me reprochez que votre frère est mort,

La raison est pour vous, et moi, j'ai toujours tort ; Mais je devais plutôt être par cette offense Un objet de pitié, qu'un objet de vengeance : Hélas I je le tuai, mais comment et pourquoi ? Et quand je le sus mort, qui pleura plus que moi? Il m attaaua la nuit, et moi sans le connaître. Je crus, rayant tué, n'avoir tué qu'un traître : Malheureux que je suis I j'avais tué, sans voir, Le plus intime ami que je croyais avoir. Oui, je l'aimais autant qu'on peut aimer un autre. Puisqu'il fut mon ami : pour devenir le vôtre, Je donnerais mon sang, je donnerais mon cœur, Et ce discours n'est pas un effet de ma peur.

Outre qu'un généreux facilement pardonne. Cette seule raison sans doute est assez bonne. Je veux que vous l'ayez tué sans y penser, Et jîue vous n'ayez eu dessein de m'offenser : Mais vous ne vous lavez ici que d'une offense, Et ma sœur contre vous me demande vengeance ; Et puisque son honneur à mon honneur est joint, Je serai sans honneur, si ma sœur n'en a point : En l'humeur où je suis, je n'ai pas grande envie. Si vous m'ôtez l'honneur, de vous laisser la vie.

D. LOUIS

Je pourrais bien encore, épousant votre sœur, Et vous rendre content, et vous rendre l'honneur ; Vous n'auriez plus sujet d'en vouloir à ma vie. Et je n'en aurai plus de vous porter envie, Quoique je visse à vous avec tous ses appas. Celle que j'aimai bien, mais qui ne m'aima pas. C'est de vous que je parle, ô trop sage Isabelle, Qui ne fûtes jamais envers moi que cruelle. Don Juan, quittez donc tous vos jaloux soupçons, Que le feu de l'amour en fonde les glaçons ; Ne soyez plus atteint de cette frénésie, Ni moi l'objet fâcheux de cette jalousie. Il est vrai, Béatrix m'a deux fois introduit Dans sa chambre le jour, dans son balcon la nuit; Mais, sur ma foi, bien loin d'être de la partie, De me l'avoir promis, ou d'en être avertie. Sitôt qu'elle le sut, elle l'en querella. Et Béatrix pensa s'en aller pour cela.

D. FËRNAND.

Mon neveu ne dit rien qui ne soit véritable.

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