ACTE II, SCENE II
Parce qa'en Arménie un mont reçut son arche. Dites-lui que je puis avec lui m'allier, Puisque sa uiéce et moi sommes à marier ; Qu'à cause démon deuil il serait peu honnête Que j'allasse chez lui si tôt troubler la fête ; Et que, par bienséance, il le faudra laisser Quelque temps tout son saoul sa nièce caresser : Dites-lui que j'irai le trouver en personne ; Et malheur pour Orgas, puisque je l'abandonne. Partez.
RODRIGUE
Gomment, partez! quel est donc ce seigneur?
LE BÂILLI.
C'est le grand don Japhet.
MARC-ANTOINE
De la terre l'honneur.
LE BAILLI
Cousin de Charles-Quint.
D. ALPHONSE
Le mari d'Azatéque, Le gendre d'Uriquis, de Chicuchiquizéque.
FOUCARAL.
Et moi, don Foucaral.
RODRIGUE
Ah! monseigneur! pardon, Je suis tout étourdi du bruit de votre nom, J'embrasse vos genoux.
D. JAPHET
Et je vous en dispense, Sacritice chez moi vaut moins qu'obéissance. Pascal, Roc, Foucaral, et vous, bailli d'Orgas, Suivez-moi : toutefois, non, ne me suivez pas. Ou bien suivez-moi donc : et vous, ô beauté fière. Votre oncle va vous faire agir d'autre manière: Il sait combien par moi l'on peut être ennobli ; Votre incivilité méritait un oubli ; Mais je pardonne tout à cause de votre âge, La cour vous ôtera bientôt l'air du village : Oh! que joints par hymen, nous aurons de Japhets. El de corps et d'esprit également parfaits! Je vous ai déjà dit, monsieur mon secrétaire. De ne l'approcher point, vous n'en voulez rien faire ; Vous me l'aviez bien dit, vous êtes iacloton. Et vous ne valez rien sous ce noir hoqueton : Et vous qui l'écoutez, madame Léonore,
Yous ne valez pas mieux ; (à Rodrigue) et vous, monsieur Qui devriez à partir être plus diligent, [encore,
Homme fait comme vous ne vaut pas grand argent.
D. Japhet s'en va.
» RODRIGUE
Si ce brave homme-Ià n'est blessé par la tête, Je le suis plus que lui. Madame, êtes-vous prête? Votre carrosse attend.
Je suis prête à partir :
Mais, Marine, sans toi je n'y puis consentir, Me voudrais-tu quitter?
MARINE
Vous devez me connoître.
Je vous suivrai partout, quand ce serait au cloître.
JEAN VINCENT
Avant que de partir il faut un peu manger.
RODRIGUE
La traite est longue, il faut promptement déloger; Un relai nous attend dans un bourg, où madame Pourra faire un repas.
LÉONORE
En l'état où j'ai l'âme, Je n'en ai pas besoin.
MARINE
Quand j'ai l'esprit content Je suis ainsi que vous, je ne mange pas tant.