‹ Théatre completChapitre 320 sur 407 · DON SANCHE, CARDILLE, FLORE, MARINE · texte numérisé non relu

DON SANCHE, CARDILLE, FLORE, MARINE

MARINE

Oui, prête à vous servir, comme elle fut toujours, Pourvu que vous soyez constant dans vos amours ; Mais que désirez-vous de votre humble soumise?

D. SANCHE

Des nouvelles de Flore, et par ton entremise Le moyen de la voir.

MARINE

Attendez un moment.

Je n'ai rien plus à cœur que servir un amant.

Elle sort.

CARDILLE.

0 quel tison d'enfer I

D. SANCHE

Ne lui dis rien, Cardille ; Tu sais bien que je l'aime, et qu'elle est bonne fille.

CARDILLE.

Elle fille? elle l'est tout comme je la suis.

D. SANCHE

Si tu m'aimes, tais-toi.

CARDILLE.

Dites donc si je puis.

D. SANCHE

Tu deviens bien fâcheux, Cardille.

CARDILLE.

Il me le semble.

Qui ne le deviendrait, étant toujours ensemble?

D. SANCHE

Parleras-tu toujours?

CARDILLE.

Vous savez mon défaut , Et si je ne parlais, que je mourrais bientôt.

D. SANCHE

Hé bien ! chère Marine ?

MARINE, qui rentre.

Il faut attendre encore.

Si vous m'en demandez la raison, je l'ignore : Entrez dans cette chambre, et quand je le pourrai,

A l'objet de vos vœux je vous présenterai. Je vous enferme ainsi pour éviter son frère, Qui d'elle étant jaloux, et ne vous aimant guère, S'il allait vous trouver, ferait quelque rumeur.

D. SANGHE ET CARDILLE s'eaferment.

Je remets en tes mains ma vie et mon honneur.

MARINE, seule.

Ma maîtresse est pour lui terriblement changée ; A son nom seulement elle a fait l'enragée. Sans doute elle aura su que don Sanche à la cour. Pour n'être pas oisif, a fait un peu l'amour; Mais la voici.

FLORE, entrant

Je viens encore te le dire; Quand tu vois qu'aujourd'hui je pleure et je soupire. Tu crois que c'est l'amour qui me tourmente ainsi. Non, ce n'est plus l'amour qui cause mon souci ; Une autre passion à l'amour opposée, Aussi bien que l'amour à vaincre mal aisée. Me fait haïr don Sanche ; il aimait à la cour. L'ingrat que je croyais si fidèle en amour : Mais le ciel ennemi de l'amant infidèle, A puni depuis peu sa flamme criminelle. Un rival m'a vengée, un rival l'a blessé ; Je sais de bonne part comme tout s'est passé; Et le traître viendra me protester encore Qu'il n'est né que pour moi, qu'il m'aime, qu'il m'adore? Il ne m'attrape plus à ses trompeurs appas.

MARIEE.

Et s'il vient pour vous voir?

FLORE

Il ne me verra pas.

MARINE

Madame, pourriez-vous le punir de la sorte?

FLORE

A de plus grands excès ma colère m'emporte. Je veux pour m'en venger, de mon cœur le bannir, Et n'en réserver pas le moindre souvenir : Mais on frappe à la porte.

MARINE

Et si c'est lui, madame?

FLORE

Il n'a que faire ici, s'il est hors de mon âme. L'ingrat qui vient à moi comme à son pis-aller.

Page 1