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ACTE II, SCENE VX. 3U

FLORE

Je n'attendais pas moins que de galants discours De qui vient du pays des galantes amours.

D. SANGHE.

Ahl madame, la cour, le séjour des délices, Ne m'a paru sans vous qu'un enfer de supplices. Ce n'est pas que la cour n'ait de charmants appas; Mais je suis toujours triste où je ne vous vois pas. Combien de fois mes yeux ont-ils versé des larmes. Dans un temps où Madrid avait le plus de charmes ? Combien de fois les bords du clair Manzanarès Ont-ils été témoins de mes tristes regrets ?

FLORE

Vous m'attendrissez fort en me faisant entendre

Tout ce qu'en un roman on peut lire de tendre.

Quoi, bons dieux ! à la cour, où tout charme, où tout rit,

La tristesse a toujours régné sur votre esprit?

Voit-on d'un autre amant une plus belle vie?

Votre fidélité me donne de l'envie;

Si je pousse la mienne aussi loin, je pourrai

La voir, comme la vôtre, au suprême degré.

D. SANCHK.

Ce langage moqueur est un peu fort, madame.

FLORE

C'est l'effet de la joie où s'emporte mon àme, De vous revoir vivant et vous avoir cru mort.

D. SANGHE.

Être absent, ou mourir, ne diffèrent pas fort.

FLORE

On ne vous crut pas mort des rigueurs d'une absence. Mais d'un cœur sans pitié, c'est le bruit de Valence : Quelle apparence aussi de vivre sans amour, Entre tant de beautés qui brillent à la cour ?

D. SANGHE.

Pour une autre gue vous, moi, soupirer, madame? Ah! vous connaissez mal les secrets de mon âme.

Fl.ORE.

Je les ai mal connus, mais je les connais mieux,. Depuis que vous avez abandonné ces lieux.

Sur quelque faux rapport vous en jugez peut-être. -

FLORE

Eh bien ! j'avouerai donc de ne les pas connaître.

D. SANGHE.

Ah 1 cette indifférence est un signe apparent...

FLOBE.

Que VOUS ne m'êtes plus qu'un homme indifférent, Et que faussant la foi que Von m'avait pr9mise, On perd de mon amour l'espérance permise.

D. SANCHE

Je ne puis vous nier qu'un funeste accident

FLORE

Voulez-vous déguiser un mensonge évident? Songez que votre front, qui rougit et se trouble, Mb parle, malgré vous, contre votre âme double.

D. SANCHE

Que ne pourrait troubler un sort si malheureux ! Ma partie est mon juge, et juge rigoureux.

FLORE

Je ne veux point ces noms de juge et de partie, Je veux absolument que don Sanche m'oublie : Je lui permets aussi, s'il veut, de me haïr,

Il mourra bien plutôt que de vous obéir.

FLORE

Qu'il vive donc heureux pour celte belle fille Qui put le retenir si longtemps en Castille.

D. SANCHE

Je la vis, il est vrai, mais ce fut sans amour.

FLORE

Oubliez-vous déjà cet astre de la cour? . Me voyant, l'avez-vous de votre âme effacée, Ainsi qu'en le voyant, vous m'en avez chassée? Votre sang qu'un rival répandit à ses yeux. Dans son cher souvenir vous conservera mieux. Allez, don Sanche, allez retrouver cette belle. Elle est digne de vous, vous êtes digne d'elle; Ses charmes vous ont fait révolter contre moi. Les vôtres l'ont portée à rompre aussi sa foi : Le ciel qui vous a fait sans doute l'un pour l'autre, Devait bien à son cœur, un cœur comme le vôtre. Mais ne lui parlons plus par des déguisements : Découvrons à l'ingrat mes justes sentiments, Don Sanche, je vous hais d'une haine mortelle, Comme un amant ingrat, un lâche, un infidèle. Un homme dans Madrid pour venger son amour. Vous a quasi réduit à votre dernier jour ; Une femme peut bien vous faire dans Valence Courre un même péril, pour une même offense.

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