‹ Théatre completChapitre 33 sur 407 · BLANCHE, LISETTE · texte numérisé non relu

BLANCHE, LISETTE

LISETTE

Pour moi, quand vos chevaux s'emportèrent si fort.

Je dis mon in manus, et j'attendis la mort.

Si je ne l'avais vu, je croirais impossible

Que la peur fit en nous un effet si terrible;

Car vous chûtes sur moi, sans pouls, sans sentiment.

Et j'en suis pâle encore d'y songer seulement.

ACTB II, SCENE I. 13

BLANCHE

Notre libérateur me vit-il de la sorte ?

LISETTE

Et craignit, comme moi, que vous ne fussiez morte. Pourquoi garder aussi des chevaux si fringants Et des chiens de cochers tous les jours s'enivrant?

BLANCHE

Gomment se trouva-t-il en ce lieu solitaire. Ce jeune cavalier, cet ange tutélaire ?

LISETTE

Je ne sais pas comment, mais je bénirai Dieu Qui nous le fit trouver à telle heure, en tel lieu.

Qu'il me parut civil I qu'il est bien fait, Lisette I

LISETTE

Je croirais bien aussi qu'il vous trouva bien faite.

BLANCHE

Comme j'étais, Lisette ?

LISETTE

Oui, comme vous étiez.

Toute pâle, à ses yeux autant vous éclatiez. Qu'il éclatait alors aux vôtres par sa mine.

BLANCHE

Mais de cet accident, qui fut donc l'origine ?

LISETTE

Votre malheur, le mien, un bourreau de cocher Toujours saoul, des laquais qu'il faudrait écorcher. Ecoutez comme quoi nous l'échappâmes belle, Dont, ma foi, nous devons une belle chandelle. Nous passions sur le pont, sans beaucoup nous hâter. Et sans avoir dessein de nous précipiter. Votre cocher était, comme vous savez, ivre. Et vos laquais s'étaient dispensés de vous suivre. Nous regardions les eaux du clair Mançanarès, Quand un chien, l'on eût dit qu'il l'eût fait tout exprès, Fit peur à vos chevaux, dont l'ivrogne de guide Accablé de sommeil ne tenait plus la bride: Du chien effarouchés, ils galopaient fougueux, Vers où le bord du fleuve à voir môme est affreux, Lorsque ce cavalier, ou plutôt ce bon ange, Vola vers vos chevaux d'une vitesse étrange, Et coupa leurs harnais de son acier tranchant. Sur le point qu'ils s'allaient jeter dans le penchant. Nous étions cependant, vous, dans mes bras pâmée. Moi, de vous voir ainsi tout à fait alarmée.

Vous revîntes après de votre pâmoison, Et lors vos yeux ingrats par grande trahison, Firent au cavalier une amoureuse plaie.

Voilà de l'accident la relation vraie.

BLANCHE

Folle, plains-moi plutôt, et ne me raille point. Le plaisir qu'on m'a fait, m'inquiète à tel point, Par la crainte que j'ai de ne le pouvoir rendre. Que de m'en attrister je ne me puis défendre.

LISETTE

Je crois cette tristesse une naissante amour, Qui paraît dans vos yeux claire comme le jour.

BLANCHE

Amour? moi?

LISETTE

Vous? amour? êtes-vous une souche?

BLANCHE

Non : mais j'ai de l'honneur.

USETTE.

Qui vous rend bien farouche.

BLANCHE

Quand j'aurais répugnance à vivre sous ses loix, Une fille prend-elle un époux à son choix? N'attends-je pas le mien aujourd'hui?

LISETTE

Mais, madame.

S'il est mal fait de corps aussi bien que de Fâme !

Si mon père me donne un époux odieux,

Pour de mieux faits que lui je fermerai les yeux.

LISETTE

Si quelqu'amour secret l'oblige à la dépense?

BLANCHE

Je réglerai la mienne, et prendrai patience.

LISETTE

S'il est jaloux, avare, impertinent, railleur?

S'il est fâcheux, malpropre, ivrogne, ou grand parleur?

S'il est joueur, s'il perd ses terres et les vôtres?

Si, cagot, jour et nuit il dit ses patenôtres?

S'il est chauve, gaucher, rousseau, louche, ou cagneux?

BLANCHE

Le ciel ne sera pas pour moi si rigoureux; Mais quand il serait tel que le fait ta peinture, L'ennemi du bon sens, Thorreur de la nature, Un injuste tyran, de son ombre jaloux,

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