‹ Théatre completChapitre 330 sur 407 · SCÈNE I DON LOUIS, DON CARLOS, FABRICE · texte numérisé non relu

SCÈNE I DON LOUIS, DON CARLOS, FABRICE

D. LOUIS

Vous nous quittez si tôt?

D. CARLOS

Vous savez mes affaires :

Je ne veux pas manquer l'escadre des galères Qui sont à Barcelone, et qui partent demain. J'éprouve en mon pays un sort trop inhumain, Pour n'aller pas chercher dans une étrange terre Le repos que la mort fait trouver dans la guerre. C'est un bien qui jamais ne manque aux malheureux.

D. LOUIS

Puis-je vous obliger d'attendre un jour ou deux?

D. CARLOS

Si c'est pour vous servir, j'attends ma vie entière.

Je ne vous ferais pas une telle prière,

Et ne vous romprais pas un voyage arrêté,

Sans avoir pour excuse une nécessité.

D. CARLOS

Que la raison en soit ou bien faible, ou bien forte. Vous servir me suffit, le reste ne m'importe. Je ne pars point, Fabrice, il faudra renvoyer Les chevaux arrêtés.

FABRICE sort

£t pas moins les payer.

D. CARLOS

Sors.

D. LOUIS

Une jeune sœur n*est pas au soin d'un frère Un tranquille travail, une charge"Rgère.

La mienne a de Tesprit, est sage, aime l'honneur : Mais rien n'est si changeant aux filles que Thumeur ; Et quand ses actions feraient médire d elle, J'en saurais des derniers la fâcheuse nouvelle. Hier, quand je vous eus mis dans votre appartement, Afin qu'en mon logis vous fussiez sûrement. Je vis fermer ma porte, et contre l'ordinaire, Je voulus de mes clefs être dépositaire» A peine me lâissais-je assoupir au sommeil, Quand un bruit surprenant qui causa mon réveil. Me fit sortir du lit, et contre la fenêtre. Curieux de savoir ce que ce pouvait être. Je vis de mon balcon deux hommes descendants. Et fermer le balcon par quelqu'un de dedans. Soit larcin, soit amour, 1 un et l'autre m'oblige A craindre un mal qui croît pour peu qu'on le néglige : J'en suis en des soupçons que je n'ose avérer, Le bruit que j'en ferais peut le mal empirer : Ce peut être aussitôt ma sœur qu'une servante. Et je pourrais m'en prendre à la plus innocente. Vous voyez, mon cousin, quel accident fâcheux Me fait avoir besoin d'un ami généreux. Je crois l'avoir en vous qui m'aimez et que j'aime, Comme un très cher parent, comme un autre moi-môme ; Et qui caché chez moi, sans qu'on en sache rien, Verra de ma famille et le mal et le bien ; Y veillera pour moi, tandis que mon absence, Pour de pareils desseins donne toute licence. Afin de mieux cacher cet important secret, De votre prompt départ je feindrai du regret, Et ferai vos adieux à voire Léonore.

Par bonheur tout mon monde est dans le lit encore, Et hors votre valet...

n. CARLOS.

Pour lui ne craignez rien, Fiez-vous-y sur moi.

D. LOUIS

La feinte ira donc bien.

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