ACTE III, SCBNE Vil
Et VOUS expose encore à ce honteux duel, A rincertame foi d*un corsaire cruel ?
Les charmes de ses yeux, ceux de son diadème, Vous jettent donc encore en ce péril extrême?
AMINTAS
Que pensez-vous de moi, madame? ah! jugez mieux
D*un prince descendu de vos nobles aïeux.
Un cœur que la beauté de votre sœur inspire
Fait aller ses désirs çlus loin que son empire,
Et ne fait point servir sa noble ambition
ATavare intérêt d'une autre passion.
Quand je devins d'Elise esclave volontaire.
Son trône à m'asservir lui fut peu nécessaire ;
Il prit dans ses beaux yeux l'éclat qu'il eut pour moi,
Et son mérite seul me rangea sous sa loi.
ALCIONE.
Devez-vous hasarder des jours comme les vôtres. Quand de votre salut dépend celui des autres, Et quand par votrfe mort, l'État aura perdu L'unique protecteur qui l'aurait défendu ?
AMINTAS
Je me connais, madame, et lorsque je m'expose, Je crois n'exposer rien, ou du moins peu de chose; Elise m'apprend trop par d'éternels mépris, Que mes jours malheureux ne sont pas de grand prix.
ALCIONE.
Un injuste mépris n'ôte rien du mérite.
Et la fière beauté que votre amour irrite.
Peut avoir eu pour vous d'injustes cruautés,
Sans avoir ignoré ce que vous méritez.
Mais, amant malheureux, vous savez d'elle-même,
D'où son cœur a pour vous cette froideur extrême,
Et que ce cœur fidèle aux cendres d'un amant.
Vous suscite un rival au fond d'un monument.
Tel que Chypre aujourd'hui vous admire et vous prise ;
Car tout n'est pas dans Chypre injuste autant qu'Elise ;
Vous méritez un cœur qui vous sut estimer.
Un cœur qui pour vous seul eût commencé d'aimer.
AMINTAS
Elise rigoureuse, Elise pitoyable, Elle est toujours Elise, elle est toujours aimable, Et toujours Amintas méprisé, malheureux, Sera toujours fidèle et toujours amoureux.
ALCIONE.
Un plus sage que vous en aimerait une autre,
Qui ferait son bonheur d'un cœur du prix du vôtre. Une autre aussi bien qu'elle, a droit de vous donner Le titre qui vous manque à vous voir couronner. Car enfin vous seriez... 0 dieux! que vais-je dire? Vous seriez plus heureux; ah! si vous saviez lire... Adieu, prince.
AMINTAS
Ah ! j'entends, je serais plus heureux, Si je pouvais forcer un destin malheureux Qui me force d'aimer celle qui me méprise. Et me fait mépriser celle qui m'est acquise. Mais, ô vous, qui m'offrez un sceptre et votre foi, Pourriez- vous bien changer, si vous n'aimiez que moi? Jugez, jugez, ô vous ! dont je crains la colère, Par ce que vous feriez, de ce aue je puis faire. Je voudrais vous aimer, et ne le devant pas, J'en souffre des tourments pires que le trépas. Pouvoir tant pour un autre, et si peu pour moi-même. C'est bien encore un coup de mon malheur extrême ; Et c'est bien sans raison que j'ose demander, Ce que je ne -veux pas ni ne dois accorder.