SCÈNE I ALCIONE , ÉLISE
ALCIONE.
Eh quoi I d'une si juste et si longue tristesse, Votre âme en un moment passe dans l'alégresse !
ÉLISE
Mon Alcandre, ma soeur, est vivant, est trouvé, Et le grand Orosmane est fidèle, est sauvé. Jugez à quel excès me doit porter la joie D'un bien longtemps perdu que le ciel me renvoie. Mais ma bouche qu'emporte un premier mouvement, Veut tout dire à la fois, et parle obscurément : Alcandre donc, ma sœur, est cet homme admirable. Ce guerrier si vaillant, si grand, si redoutable...
GLARIGE, ÉLISE, ALCIONE.
CLARICE
Ahj princesse ! pleurez l'accident malheureux Qui ravit à la Chypre un prince généreux. Amintas ayant su que son barbare père Redoutait Orosmane, et s'en voulait défaire, Lui donnant ses habits pendant l'obscurité, L'avait heureusement remis en liberté ; Quand son père endurci dans son dessein sinistre, S'est servi de la main d'un barbare ministre. Qui blessant Amintas par ses habits trompé, Ne l'a point reconnu qu'après l'avoir frappé. On sait de l'assassin, que l'on mène au supplice, Que Nicanor du crime est auteur et complice: Et le prince plaint moins la rigueur de son sort, Qu'Orosmane repris qu'on destine à la mort. Nicanor l'a jurée, et sa douleur extrême, Du funeste accident qu'il a causé lui-même, Le porte à des transports indignes de son rang, Et déjà d'Orosmane il eût versé le sang :
Mais jusqu'à son trépas Amintas magaanîme Retient son cruel père, et s*oppose à son crime.
Clarice, que dis-tu ?
GLÂRIGE.
Je dis la vérité.
ÉLISE
Mon cher AJcandre, hélas I m'est donc encore ôté? Mais dis-tu qu'il est pris ?
GLARIGE.
Sa prise est assurée.
ÉLISE
0 ciel I que tes faveurs sont de peu de durée !
ALGIOIiE.
Et le prince, Clarice?
GLARIGE.
Il attend le trépas.
ÉLISE
Ah ! ma sœur, mon Alcandre !
ALGIONE.
Ah I ma sœur^ Amintas !
ÉLISE
Et Taimiez-vous ?
ALGIONE.
Hélas! n'était-il pas aimable?
Oui, ma sœur, je l'aimais, ce prince misérable; J'ai soufiFert dès le temps qu'il entra dans vos fers, Les mêmes maux pour lui qu'il a pour vous soufifertg : Mais, ô ma chère sœur I comme vous désolée, Et plus que vous d'ennuis et de maux accablée, Les vôtres par. les miens se pourraient augmenter. Que le ciel cesse enfin de vous persécuter, Et qu'à vous favorable, autant qu'à moi contraire, Il conserve à vos feux votre aimable corsaire l Conduis-moi donc, Clarice, ou je vais faire voir Ce que peut sur mon cœur un juste désespoir.
Allons, allons, ma sœur, par nos morts généreuses, Rendre illustres les feux de deux sœurs malheureuses.
Aloione sort^