‹ Théatre completChapitre 53 sur 407 · D. SANGUE · texte numérisé non relu

D. SANGUE

Et le soutiens aussi qu'une semblable affaire Se nasarde beaucoup alors qu'on la diffère.

D. BLAIZE

Et moi je ressoutiens qu'on ne hasarde rien

Quand on diffère un peu ce qu'on retrouve bien.

Si les grands de la cour n'étaient pas à ma noce,

Si j'allais emprunter ou louer un carrosse

Pour aller à l'église, au lieu d'en avoir un

En propre, et d'un ouvrage au delà du commun ;

Si Blanche en pareil jour était si mal en ordre,

Que le moindre bourgeois y pût trouver à mordre;

Enfin si j'épousais votre fille en gredin,

Ne me croirait-on pas un fou, vous un badin?

Ne passerais-je pas, ô trop hâté don Gosme î

Pour le plus grand vilain qui soit dans le royaume?

Ne serais-je pas fat, et même plus que vous

(Ceci soit dit pourtant sans vous mettre en couroux).

Si je ne rendais pa^ célèbre la journée

Qui se pourra vanter de mon noble hyménée?

Je veux que bals, festins, musiques et taureaux,

Carrousels et combats de barrière aux flambeaux,

Fassent parler en cour de ma magnificence :

Je différerai donc, avec votre licence.

D. GOSME.

Il faut donc différer, je ne conteste plus; Mais bals, festins, tournois sont des frais superflus : A la cour aujourd'hui Pon ne s'en pique guère. Il n'est donc pas besoin pour cela qu on diffère.

D. BLAIZE

Cet homme me fera bientôt désespérer.

Il ne conteste plus, il veut bien différer. Et dans le môme temps qu'il accorde la chose. Le drôle la refuse, et même en dit la cause.

D. GOSME.

Je ne refuse rien.

aGTB IV, SCENE IV. 43

D. BLAIZE

Nous différerons donc?

D. GOSME.

Ah! non.

D. BLAIZB.

0 ma] plaisant vieillard, s'il en fut onc, Youlez-vous différer, ou non ?

D. COSME

Je ne veux faire Que ce que vous voudrez.

D. BLAIZE

Eh! bien donc, qu'on diCTère.

Mais si nous diflTérons, qu'est-ce que Ton dira?

D. BLAIZE

Rien, sauf, hormis, sinon que Ton différera. Je veux absolument différer l'hyménée, Dussiez-vous enrager en votre âme obstinée.

D. GOSME.

Je ne puis différer.

D. BLAIZE

Et, pour moi, je le puis.

D. GOSME.

Je ne puis différer.

O. BLAIZE

Étant ce que je suis, - Il faut que je diffère, et j'en ai dit la cause.

D. GOSME.

Je ne puis différer.

D. BLAIZE

Ah! parlons d'autre chose, Ou nous nous brouillerons.

D. GOSME.

Je ne puis différer.

D. BLAIZE

Messieurs! sur mon honneur, il le faut séparer : Ne voyez-vous pas bien qu'ii n'est déjà pas sage? Et que sera-ce donc, si jamais il enrage?

BLANCHE, tout bas à son père.

On peut bien différer les noces pour un temps : J'ai reçu là-dessus des avis importants.

D. GOSME.

Je ne puis différer.

D. BLAIZE

Quel détestable flegme !

44 LE MARQUtS RIDICULE.

Ah! dites-moi plutôt quelque vieil apophtegme, De ceux dont vous m'avez tantôt assassiné.

D. COSME

Je ne puis différer.

D. BLAIZE

Maudit soit Tobstiné!

D. SANCHE

Puisqu'il vous presse tant, c'est un fort mauvais signe,

D. BLAIZE

C'en est un très certain qu'il est un fourbe insigne. Mais allons faire un tour, pour rafraîchir un peu Mes esprits échauffés et mon visage en feu.

Il sort.

BLANCHE

Ce n'est pas sans raison que je vous dis, mon père, Que vous devez aussi souhaiter qu'on diffère. Je sais que le marquis aime depuis deux ans Une dame, et, de plus, qu'il en a deux enfants.

D. COSME

Tous les gens comme lui n'en font-ils pas de même ? Étant en Portugal, par un bonheur extrême Je pus gagner le cœur d'une jeune beauté. Aimable pour l'esprit, riche et de qualité; Je déguisais mon nom, à cause qu'en Gastille J'avais l'inimitié de toute une famille. Pour avoir fait périr à mes pieds un rival, Dont la mort me retint deux ans en Portugal. Cette belle avait nom Elvire de Pachèque; Moi, j'avais pris celui de don Juan Palomèque. Nous nous aimions tous deux avecque passion ; Mais ayant obtenu mon abolition.

Je sortis de Lisbonne et revins en Gastille, Laissant Elvire en pleurs et grosse d'une fille. Je devais retourner l'épouser; mais la cour Bannit de mon esprit Elvire et mon amour. A quelque temps ae là j'épousai votre mère.

STÉPHANIE, cachée.

Dans la relation que je viens d'ouïr faire. Je trouve assurément l'infaillible moyen D'obtenir, si je veux, et don Blaize et son bien.

D. COSME

Le voici qui revient.

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