BLANCHE, DON SANCHE, DON BLAIZE
BLANCHE
Oses-ta bien tenir de semblables discours
A qui te voudrait voir à la fin de tes jours?
Oses-tu m*éprouver par de lâches atteintes,
Et me choisir encor pour l'objet de tes feintes ?
J'avais d'abord puni, comme toute autre eût fait,
D'une juste colère un amour indiscret ;
Mais depuis, soupçonnant que tu feignais ta flamme
Pour tenter ma vertu, pour éprouver mon âme :
Car qui jamais eût cru qu'un amour criminel .
Eût banni de ton cœur le respect fraternel ?
J'ai feint de compatir à ta peine insensée ;
J'ai feint que ton amour m'avait l'âme blessée ;
Tes yeux m'ont vu rougir et m'ont vu soupirer,
Et ma feinte bonté t'a permis d'espérer ;
Mais maintenant je sais que ton cœur est capable
Du crime le plus noir et le plus détestable :
Sache aussi que le mien est aussi vertueux
Que le tien est ingrat, lâche et présomptueux ;
Et quand il deviendrait d'un crime susceptible.
Qu'il ne serait jamais à ton amour sensible ;
Sache qu'il chérira ton frère tendrement.
Et qu'il te haïra toujours mortellement.
Elle s'en va.
D. BLAIZE paraît.
Qu'en dites-vous, cadet? Blanche et vous, ce me semble, Quoiqu'aimables tous deux, n'êtes pas bien ensemble. Ordugno !
ORDUGNO.
Monseigneur I
D. BLAIZE
Et c'est parler, cela ?
C'est comme il faut traiter un coquet Quinola. 0 la maltresse fille ! Et Porcie et Lucrèce Ne l'ont jamais value avecque leur prouesse : Lucrèce avec Tarquin se donna du bon temps. Et l'autre se brûla la gorge à contre-temps. Dieu ! qu'elle est raisonnable et qu'elle est forte en bouche. Celle jiue je croyais une sainte N'y touche I Ma foi, je me marie au son de maint rebec.