‹ Théatre completChapitre 68 sur 407 · A SON ALTESSE ROYALE MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

A SON ALTESSE ROYALE MADEMOISELLE

MA.DEHOISELLI,

L'Écolier de Salamangue est un des pins beaux sujets espagnols qui ait paru sur le Théâtre français depuis la belle comédie du Cid. Il donna dans la vue à deux écrivains de réputation en même temps qu'à moi. Ces redoutables concurrents ne m'empêchèrent point de le traiter. Le dessein que j'avais il y a longtemps de dédier une comédie à Votre Altesse Rotàle, me rendit hardi comme un lion, et je crus que travaillant pour son divertissement, je pouvais mesurer ma plume même avec celle de quelque poète héroïque, fût-il du premier ordre, et de ceux qui chaussent le cothurne à tons les jours. Je doute si Apollon bien invoqué, et ma Bluse bien sollicitée, m'enssent été des Divinités plus favorables que ne l'a été Votre Altesse, et si plusieurs prises à pleine tasse d'eau du sacré vallon m'eussent fait monter plus de vapeurs poétiques à la tête que n'a fait l'ambition de vous plaire. Elle a eu des obstacles à surmonter, comme les grands desseins eu ont toujours. On a haï ma comédie avant de la connaître. De belles dames qui sont en possession de faire la destinée des pauvres humains, ont voulu rendre malheureuse celle de ma pauvre comédie. Elles ont tenu ruelle pour l'étouffer dès sa naissance. Quelques-unes des plus partiales ont porté contre elle des Cactums par les maisons, comme on fait en sollicitant un procès, et l'ont comparée, d'une grâce sans seconde, à de la moutarde mêlée avec de la crème ; mais les comparaisons i)obles et riches ne sont point défendues ; et quand par plusieurs autres de même force on aurait perdu de réputation ma comédie, l'applaudissement qu'elle a eu à la cour et à la ville lui en aurait pins rendu que ne lui en anrait pu 6ter une conjuration de précienses. Que si je suis assez heureux pour avoir aussi l'approbation de Votre Altesse, je me croirai glorieusement vengé des dames sans pitié, qui ont tant voulu faire de mal a qui ne leur avait jamais rien fait. Votre Altesse, clairvoyante comme elle est, aura remarqué sans doute que mon épître, qui ne doit être pleine que de ses louanges, ne l'est jusqu'ici que des aventures de ma comédie; que j'en parle trop avantageusement ; et enfin, qu'il semble que la plume à la main je ne connais plus personne, et ne me connais pas moi-même. Il est vrai que les épîtres préliminaires doivent être des panégyriques en petit. Mais Votre Altesse est trop juste pour ne considérer pas qu'il est impossible de la louer autant qu'elle mérite d'être louée, et que c'est tout ce que pourraient faire les donneurs de louanges éternelles. Les façons de parler sont défectueuses où la matière est trop abondante; et tout ce qu'on peut imaginer à la louange

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