ACTE I, SCENE II
LÉONORE
Mon père, à vos genoux Je vous promets pour lui qu'il fera...
D. FEUX
Mon courroux L'emporte sur mon sang. Quand on est trop bon père, On gâte ses enfants : votre fripon de frère A perdu son argent.
LEONORE
Je reprends mes esprits.
D. FEUX
J e crois qu'à Salamanque il emporte le prix Des fripons signalés : venez ouïr sa lettre. Je ne m'y fierai plus, il aura beau promettre.
« La paix du Seigneur vous soit donnée, etc. »
Le beau commencement de lettre que voici ! Croit-il me tromper mieux en m'écrivant ainsi ?
« La paix du Seigneur vous soit donnée. Vous appren- « drez par la présente, que j'ai joué et perdu à la prime « Targent de ma pension : mais au moins j'ai la satisfac- « tion d'avoir perdu mon argent à cinquante-cinq, et u qu'il n'a pas moins fallu qu'un flux pour me faire « perdre. Je vous prie de ne vous en alarmer point ; car « j'ai fait serment de ne renvier jamais sans les avoir « en la main. Vous savez mieux que moi que qui n'a pas « de quoi manger court risque de mourir de faim, et « que vous êtes tenu de m'en fournir, ne vous ayant « point prié de me mettre au monde. Au reste, je suis « d'une humeur si pacifique, que ie ne puis dormir, quand « j'ai une querelle, si je ne la vide aussitôt. L'autre jour, a un écolier aragonais m'importuna tant pour se battre « avec moi, qu'il lui en coûta un œil. Vous voyez par « là que je ne suis pas si perdu que vous pensez. Je vous « envoie Crispin, que vous me renverrez, s'il vous plaît, <c avec de l'argent. Je me recommande à vos bonnes « grâces, cher père de mon âme, lumière de mes yeux. « Je prie Dieu qu'il vous conserve, et ma petite sœur « aussi, de qui, quoique indigne, je me souviens touc( jours dans mes oraisons.
t Votre humble fils,
« Don Pèdre de Gespâdi).
« Ùe S&lamaaque, ce dernier octobre. >
LÉONORE
La lettre est fort dévote.
D. FÉLIX
Et voyez, je vous prie, Et son hypocrisie et sa veillaquerie ; Un Maure grenadin est plus que lui dévot, Encorque d'origine il soit chevalier goth. Je meure, s'il songea jamais à ses prières. Je lui veux retrancher ses vertus écolières. Et vous veux faire voir son député badin, Un très rare animal, moitié cuistre et gredin. Holà, Grispîn !