‹ Théatre completChapitre 88 sur 407 · LE COMTE, CASSANDRE · texte numérisé non relu

LE COMTE, CASSANDRE

GASSANDRE.

Le moyen de dormir après un tel malheur?

LE COMTE

Non plus que vous, ma sœur, je n'en ai çoint envie, Je dois venger un frère au péril de ma vie. Un ami, depuis peu, m'a de la cour écrit Que celui que j'avais offensé dans Madrid, Afin de se venger est parti pour Tolède. Une dame que j'aime et de qui je possède Les inclinations, et dont pour un mépris, Le cœur peut contre moi de colère être épris, M'écrit, qu'accompagné de quelqu'ami fidèle, J'aille, sans y manquer, passer la nuit chez elle. Ma passion m'y porte, et d'un autre côté. J'ai depuis quelques jours son esprit irrité,

GASSANDRE.

Est-ce par un oubli?

LE COMTE

Non c'est par une ofifense.

GASSANDRE.

Prenez vos sûretés et craignez sa vengeance. Si la femme oubliée est capable de tout, Alors que l'on l'offense et qu'on la pousse à bout. Elle fait succéder la fureur aux tendresses, On en doit craindre tout, et même ses caresses : L'homme le plus méchant ne la peut égaler Tant à faire le mal qu'à le dissimuler ; Enfin, c'est une femme, et de plus offensée.

88 L'iÈCOLIER DE SALAMANQUE.

Je ne vous saurais mieux expliquer ma pensée.

LE COMTE

Je ne vous saurais mieux expliquer mon erreur, Qu'en vous disant que j'aime, et même avec fureur. Sur vos conseils, ma sœur, ma passion l'emporte. Mais, encor une fois, on refrappe à la porte. Holàl qu'on ouvre! 0 dieux ! je vois mon ennemi ! Je vous croyais bien loin.

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