‹ Théatre completChapitre 99 sur 407 · ACTE IV, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE I

GRISPIN.

A ce bruit effroyable Que Ton a fait la nuit, à la rumeur de diable Qu'ont fait le fils, le père et le comte acharnés A trouver maux nouveaux et se les dire au nez, J'ai quitté le grabat, et j'ai suivi mon maître Qui sortait furieux, et pâle comme un traître, Jurant entre ses dents, nommant souvent sa sœur, Et la donnant au diable, elle et son ravisseur. De quartier en quartier il a cherché le comte : Nous ne l'avons trouvé, ni lui, ni notre compte. Un prévôt nous a pris, et nous a mis léans : Léans, c'est un manoir qui ressemble à céans ; Céans, c'est la prison ; prison, c'est où je peste; Pester, c'est dire, mort, tète, sang, je déteste. Détester....

BÉATRIX

Ahl tais-toi, tu ris hors de saison.

CRISPIN

Si bien que vous avez dégarni la maison ?

BÉÂTRIX.

Je t'ai conté comment la chose est arrivée.

CRISPIN

Si bien que Léonore avec toi s'est sauvée?

BÉATRIX

Chez le comte.

ÔRISPIN.

Et sa sœur Cassandre ?

Elle nous fit Un merveilleux accueil ; sa bonté nous ravit; Enfin, ce n'est plus qu'un de ma maîtresse et d'elle.

CRISPIN

Je t'apprends que mon maître est son amant fidèle, Et c'est pour son sujet qu'à son frère germain Il fiL comme tu sais, perdre le goût du pain.

^ BÉATRIX

J'appris hier cette mort pendant tout leur grabuge.

CRISPIN

Cependant je verrai tantôt face de juçe,

Cela ne me plaît point; mais pourquoi sortiez-vous?

BÉATRIX

Parce qu'on ne parlait que de donner cent coups. Et savez-vous de quoi ? de poignard; et le père Nous paraissait alors aussi fou que le frère.

104 L'écOLIER DE SALAMANQUE.

Nous sommes chez le comte; et ma maîtresse et lui Ne s'aimèrent jamais tant qu'ils font aujourd'hui.

CRISPIN

Nous sommes en prison, où Grispin et son maître Sont, me semble, aussi mal qu'ils puissent jamais être. Pour moi, je me console, et je rencontre ici Des gens qui, comme moi, se consolent aussi : Je viens de leur payer à tous ma bien-venue.

BÉATRIX

Et moi, je m'en revais comme je suis venue.

CRISPIN

En te remerciant.

BÉATRIX

Il n'y a pas de quoi, Sitôt qu'on te pendra, je prierai Dieu pour toi.

CRISPIN

J'espère, à mes souhaits si Dieu prête l'oreille, En même occasion te rendre la pareille : Adieu, causeuse.

BÉATRIX

Adieu.

CRISPIN

Me viendras-tu revoir?

BÉATRIX

Si j'y viens, ce sera peut-être vers le soir.

Page 1