‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 145 sur 454 · ELECTRE, ITYS · texte numérisé non relu

ELECTRE, ITYS

ELECTRE

En des jieux où je suis, trop sûr de me déplaire, Fils d'Égisthe, oses-tu mettre un pied téméraire?

ITYS

Madame, pardonnez à l'innocente erreur Qui vous offre un amant guidé par sa douleur. D'un amour malheureux la triste inquiétude Me faisait de la nuit chercher la solitude. Pardonnez si l'amour tourne vers vous mes pas : Itys vous souhaitait, mais ne vous cherchait pas.

ELECTRE

Dans l'état oij je suis, toujours triste, quels charmes Peuvent avoir des yeux presque éteints dans leslar- Fils du tyran cruel qui fait tous mes malheurs, [mes? Porte ailleurs ton amour, et respecte mes pleurs.

ITYS

Ah ! ne m'enviez pas cet amour, inhumaine ! Ma tendresse ne sert que trop bien voire haine. Si l'amour cependant peut désarmer un cœur, Quel amour fut jamais moins digne de rigueur? A peine je vous vis, c[ue mon âme éperdue Se livra sans réserve au poison qui me tue. Depuis dix ans entiers que je brûle pour vous, Qu'ai je fait qui n'ait dû fléchir votre courroux? De votre illustre sang conservant ce qui reste. J'ai de mille complots sauvé les jours d'Oreste : Moins attentif au soin de veiller sur ses jours. Déjà plus d'une main en eût tranché le cours. Plus accablé que vous du sort qui vous opprime, Moû amour malheureux fait encor tout mon crime

• ACTE I, SCtlNE m. 97

Enfin, pour vous forcer à vous donner à moi, Vous savez si jamais j'exigeai rien du roi. Il prétend qu'avec vous un nœud sacré m'unisse; Ne m'en imputez point la cruelle injustice : Au prix de tout mon sang je voudrais être à vous, Si c'était votre aveu qui me fit voire époux. Ah! par pitié pour vous, princesse infortunée. Payez l'amour d'Itys par un tendre hyménée : Puisqu'il faut l'achever ou descendre au lombeaii, Laissez-en à mes feux allumer le flambeau. Régnez donc avec moi ; c'est trop vous en défendie : C'estun sceptre qu'unjourÉgistheveutvousrendre.

ELECTRE

Ce sceptre est-il à moi, pour me le destiner? Ce sceptre est-il à lui, pour te l'oser donner? C'est en vain qu'en esclave il traite une princesse, Jusqu'à le redouter que le traître m'abaisse : Qu'il fasse que ces fers, dont il s'est tant promis, Soient moins honteux ])our moi que l'hymen de son Cesse de te flatter d'une espérance vaine : [fils. Ta vertu ne te sert qu'à redoubler ma haine. Egisthe ne prélend te faire mon époux Que pour mettre sa tête à couvert de mes coups : Mais sais-tu que l'hymen dont la pompe s'apprête Ne se peut achever qu'aux dépens de sa tête? A ces conditions je souscris à tes vœux : Ma main sera le prix d'un coup si généreux. Electre n'attend point cet effort de la tienne; Je connais ta vertu : rends justice à la mienne. Crois-moi, loin d'écouter ta tendresse pour moi, De Clytemnestre ic^ crains l'exemple pour toi. [drc; Romps toi-même un hymen où l'on veut me contrain- Les femmes de mon sang ne sont que trop à craindre. Malheureux ! de tes vœux quel peut être l'espoir? Hélas! quand je pourrais, rebelle à mon devoir, lîiûler un jour pour toi de feux illégitimes. Ma vertu t'en ferait bientôt les plus grands crimes. Je te haïrais moins, fils d'un prince odieux : IVesois point, s'il se peut, plus coupableà mes yeux ; Ne me peints plus l'ardeur dont ton âme est éprise. Que peux-tu souhaiter? Itys, qu'il te suffise Qu'Electre, tout entière à son inimitié. Ne fait point tes malheurs sans en avoir pilié. Mais Clytemnestre vient: cienqueldesseinVamènc? Te sers-tu coulre moi du pouvoir de la reine?

Ckbuillom. 4

â S ELECTRE.

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