ACTE II, SCEiNE II
Vous le savez, la paix n'est pas eiicor jurée : La victoire, sans vous, serait-elle assurée ?
TYDÉE
Oui, madame; etvosyeuxn'ont-ilspas tout «ouniis? Le roi peut-il encor craindre des ennemis? Que ne vaincrez-vous point? quelle haine obstinée Tiendrait contre l'espoir d'un illustre hyménée? Du bonheur qui l'attend Téléphonte charmé. Sur cet espoir flatteur, a déjà désarmé ; Et, si j'en crois la cour, celte grande journée Doit voir Iphianasse à son lit destinée.
IPHIANASSE.
Non, le roi de Corinthe en est en vain épris, Si la tête d'Oreste en doit être le prix.
TYDÉE
Quoi ! la tête d'Oreste ! Ah! la paix est conclue. Madame, et de ces lieux ma fuite est résolue : Vous n'avez plus besoin du secours de mon bras. .^.h ! quel indigne prix met-on à vos appas ! Juste ciel! se peut-il qu'une loi si cruelle Fasse de vous le prix d'une main criminelle? Ainsi, dans sa fureur, le plus vil assassin Pourra donc à son gré prétendre à votre main, Lorsque avec tout l'amour qu'un doux espoir anime Un héros ne pourrait l'obtenir sans un crime? Ah! si, pour se flatter de plaire à vos beaux yeux, Il suffisait d'un bras toujours victorieux, Peut-être à ce bonheur aurais-jc pu prétendre. Avec quelque valeur, et le cœur le plus tendre. Quels efforts, quels travaux, quels illustres projets N'eût point tentés ce cœur charmé de vos attraits!
IPHIANASSE.
Seigneur!
TYDÉE
Je le vois bien, ce discours vous offense. Je n'ai ] u vous revoir et garder le silence; Mais je as m'en punir par un exil affreux, El cacher loin de vous un amant malheureux, Qui, trop plein d'un amour qu'Iphianasse inspire, En dit moins qu'il ne sent, mais plus qu'il n'en doit
[dire.
IPHIANASSE.
J'ignore quel dessein vous a fait révéler
Un amour que l'espoir semble avoir fait pnrler.
Mais, seigneur, je ne puis recevoir sans colère
116 ELECTRE
Ce téméraire aveu que vous osez me faire. Songez qu'on n'ose ici se déclarer pour moi, Sans la tète d'Oreste, ou le titre de roi ; Qu'un amant comme vous, quelque feu qui l'inspire, Doit soupirer du moins sans oser me le dire.