ACTE II, SCÈNE I
Que s'il faut vous venger, c'est loin de l'Ibérie. Reprenez avec moi le chemin d'Arménie.
RHADAMISTE
Non, non, il n'est plus temps ; il faut remplir mon Me venger, servir Rome, ou courir à la mort, [sort. Dans ses desseins toujours à mon père contrtiire, Rome de tous ses droits m'a fait dépositaire; Sûre, pour rétablir son pouvoir et le mien, Contre un roi qu'elle craint, que je n'oublierai rien Rome veut éviter une guerre douteuse, Pour elle contre lui plus d'une fois bonteuse ; Conserver l'Arménie, ou, par des soins jaloux. En faire un vrai flambeau de discorde entre nous. Par un don de César je suis roi d'Arménie, Parce qu'il croit par moi détruire l'Ibérie. Les fureurs de mon père ont assez éclaté Pour que Rome entre nous ne craigne aucun traité. Tels sont les bauts projets dont sa grandeur se pique Des Romains si vantés telle est la politique : C'est ainsi qu'en perdant le père par le fils, Rome devient fatale à tous ses ennemis. Ainsi, pour affermir une injuste puissance, Elle ose confier ses droits à ma vengeance, Et, sous un nom sacré, m'envoyeren ces lieux, Moins comme ambassadeur que comme un furieux Qui, sacrifiant tout au transport qui le guide. Peut porter sa fureur jusques au parricide. J'entrevois ses desseins : mais mon cœur irrité Se livre au désespoir dont il est agité, C'est ainsi qu'ennemi de Rome et des Ibères, Je revois aujourd'hui le palais de mes pères.
HIÉRON
Député comme vous, mais par un autre choix,
L'Arménie à mes soins a confié ses droits :
Je venais de sa part oii'rir à votre frère
Un trône où malgré nous veut monter votre père ;
Et je viens annoncer à ce superbe roi
Qu'en vain à l'Arménie il veut donner la loi.
Mais ne craignez-vous pas que malgré votre ab-
RHADAMISTE. [senCC...
Le roi ne m'a point vu dès ma plus tendre enfance ; Et la nature en lui ne parle point assez Pour rappeler des traits dès longtemps effacés. Je n'ai craint que tes yeux ; et sans mes soins peut- Malgré ton amitié, tu m' allais méconnaître, [être,
15C RHADAMISTE ET ZÉNODIE.
Le roi vient. Que mon cœur, à ce faîal abord, A de peine à dompter un funeste transport! Surmontons cependant toute sa violence, Et d'un ambassadeur employons la prudence.