‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une notice par m. Auguste VituChapitre 197 sur 454 · ACTE II, SCENE H · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE H

J'aurai plus de respect pour son ambassadeur ; Moi qui, formant au joug des peuples invincibles, Ai tant de fois bravé ces Romains si terribles ; Qui fais trembler encor ces fameux souverains, Ces Parthes aujourd'hui la terreur des Romains ? Ce peuple triomphant n'a point vu mes images A la suite d'un char en butte à ses outrages, La honte que sur lui répandent mes exploits, D'un airain orgueilleux a bien vengé des rois. Mais quel soin vous conduit eu ce pays barbare ? Est-ce la guerre enfin que Néron me déclare? Qu'il ne s'y trompe pas : Ja pompe de ces lieux, Vous le voyez assez, n'éblouit point les yeux : Jusques aux courtisans qui me rendent hommage. Mon palais, tout ici n'a qu'un faste sauvage: La nature, marâlre en ces afl'reux chmats. Ne produit, au heu d'or, que du fer, des soldats: Son sein tout hérissé n'offre aux désirs de l'homme Rien qui puisse tenter l'avarice de Rome. Mais, pour trancher ici d'inutiles discours, Rome de mes projets veut traverser le cours : Et pourquoi, s'il est vrai qu'elle en soit informée, N'a-t-elle pas encore assemblé son armée ? Que font vos légions? Ces superbes vainqueurs Ne combattent-ils plus que par ambassadeurs? C'est la flamme à la main qu'il faut dans l'Ibérie Me distraire du soin d'entrer dans l'Arménie, Non par de vains discours indignes des Romains, Quand je vais par le fer m'en ouvrir les chemins, Et peut-être bien plus, dédaignant Artax.i te. Délier Corbulon jusqu'aux bords de i'Euphrate.

HIER ON

Quand même les Romains, attentifs à vos lois, S'en remettraient à nous pour le choix de nos rois, Seigneur, n'espérez pas, au gré de votre envie, Faire en votre faveur expliquer l'Arménie. Les Parthes envieux, et les Romains jaloux. De toutes parts bientôt armeraient contre nous. L'Arménie, occupée à pleurer sa misère, Ne demande qu'un roi qui lui serve de père : Nos peuples désolés n'ont besoin que de paix; Etsousvos lois, seigneur, nous ne l'aurions jamais. "Vous avez des vertus qu'Artaxate respecte : Mais votre ambition n'en est pas moins suspecte ; Et nous ne soupirons qu'après des souverains

158 RHADAMISTE ET ZÉXOBIE.

Indifférents au Parthe et soumis aux Romains. Sous votre empire enfin prétendre nous réduire, C'est moins nous conquérir que vouloir nous dé-

PHARASMANE. [truirC.

Dans ce discours rempli de prétextes si vams, Dicté par la raison moins que par les Romains, Je n'entrevois que trop l'intérêt qui vous guide. Eh bien ! puisqu'on le veut, que la guerre en décide. Vous apprendrez bientôt qui de Rome ou de moi Dut prétendre, seigneur, à vous donner la loi ; Et, malgré vos frayeurs et vos fausses maximes, Si quelque autre eut sur vous des droits plus légiti- Et qui doit succéder à mon frère, à mon fils? [mes. A qui des droits plus saints ont-ils été transmis?

RHADAMISTE

Quoi ? vous, seigneur, qui seul causâtes leur ruine 1 Ah! doit-on hériter de ceux qu'on assassine?

PHARASMANÈ.

Qu'entends-je? dans ma cour on ose m'insuller ! Holà, gardes...

HIÉRON, à Pharasmane.

Seigneur, qu'osez-vous attenter?

PHARASMANE, à Rhadamiste.

Rendez grâces au nom dont Néron vous honore : Sans ce nom si sacré, que je respecte encore, En dussé-je périr, l'affront le plus sanglant Me vengerait bientôt d'un ministre insolent. Malgré la dignité de votre caractère.

Croyez-moi cependant, évitez ma colère.

Retournez dès ce jour apprendre à Corbulon Comme on reçoit ici les ordres de Néron.

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